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Domaine français L' Herbe des nuits

octobre 2012 | Le Matricule des Anges n°137

Pourtant je n’ai pas rêvé » déclare, à la première ligne de ce récit, le narrateur. Le lecteur, lui, à l’issue de ces pages, n’en sera pas si certain. Arpenteur attentif d’un passé en miettes, piéton obstiné d’un Paris défunt, ce personnage, assez proche apparemment de ce que nous connaissons de l’auteur, semble être happé par une curieuse maladie. Peu à peu, en effet, alors que nous le suivons dans ses déambulations à la fois méditatives et spatiales, il devient aussi fantomatique que ces présences absentes qu’il a autrefois côtoyées, et qu’il tente d’approcher, une dernière fois, par l’écriture. Une jeune femme, aimée comme subrepticement, puis en allée, des comparses mystérieux, eux aussi disparus, un commissaire, croisé à des années d’intervalle, enquêtant sur de sombres complots (on croit comprendre qu’il y aurait quelque rapport avec l’affaire Ben Barka – une autre histoire d’enlèvement donc)… Le narrateur lui, vivait alors, « sans le moindre sentiment de légitimité », mais il lui semblait que « planait une menace dans l’air qui donnait une couleur particulière à la vie ». Il évoque ces figures par touches, comme en un puzzle un peu hasardeux, nous livrant ces confidences à voix contenue, comme si nous étions assis face à lui, dans un de ces bistrots de jadis, ceux de Prévert ou de Doisneau, avec leurs solitaires égarés au zinc du comptoir, dans quelque quartier aujourd’hui détruit puis reconstruit, une « zone neutre », quelque part dans « l’arrière-Montparnasse ». Ce qui l’anime ? Fuir ainsi « la lumière terne, neutre du présent », se faufiler dans les « brèches du temps ». Des promenades – des rondes ? – nocturnes, des secrets à peine formulés, la mélancolie de la nostalgie et du bonheur qui aurait pu être vécu, mais qui fut aussitôt perdu qu’ébauché – ce sont là les habituels accords, la discrète mélodie de Modiano, qui, une fois encore, émeut, comme s’il nous parlait de notre propre vie, elle aussi « clandestine », évanescente, échappée.

Thierry Cecille

L’Herbe des nuits
Patrick Modiano
Gallimard, 175 pages, 16,90

Le Matricule des Anges n°137 , octobre 2012.
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