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Domaine étranger Au tapis

octobre 2013 | Le Matricule des Anges n°147 | par Anthony Dufraisse

De loin, l’illusion est parfaite. Au travail, en famille, il est rompu à une routine d’une parfaite grisaille. Mais de près ? C’est à cette question que Michel Layaz, écrivain suisse né en 1963 qui a déjà signé plusieurs livres chez Zoé (dont Les Larmes de ma mère en 2003 ou, plus récemment, Deux sœurs), répond dans un récit intimiste d’une simplicité qui n’est qu’apparente. Au vrai, c’est surtout la confession sans concession d’un homme sans histoire. « J’ai hésité à lui envoyer un coup de poing » en est la première phrase. Manifestation de colère à la suite d’un accrochage apparemment anodin dans une file d’attente. Si, si, une vie d’homme peut basculer à la caisse d’un supermarché : « Un gamin vous fixe droit dans les yeux et vous envoie un pauvre type en pleine figure ». C’est que l’homme a refusé de se faire doubler. Un détail, cette friction, et pourtant quelque chose, chez le narrateur, commence de se disloquer. Verrous et vernis sautent. Cette existence si bien huilée qu’il vivait jusque-là devient poisseuse. Ce détail fait dérailler le train-train. Le journal intime que le personnage tient sur son téléphone portable, « fonction dictaphone enclenchée », témoigne d’une perturbation grandissante. « On a beau être blindé, s’être construit des murailles de Chine, avoir l’habitude et la pratique des petites remises en question, de celles qui sont sans danger et sans conséquence, de celles qui donnent l’illusion de réfléchir à sa vie, de peser ses choix, on devine là qu’une brèche a été percée ».
Michel Layaz a le don de gratter là où ça fait mal. C’est-à-dire là où tout paraît aller pour le mieux. Jusqu’à ce qu’il croise cet ado un rien insultant, le personnage de ce livre donnait le change, jouait à la perfection son rôle dans l’existence. Mais l’être transparent se révèle vite sombre. L’auteur s’attache aux petites choses – des mesquineries, d’infimes bassesses, des frustrations – qui font le quotidien de « cet employé de la grande bibliothèque », lecteur boulimique et blasé. Layaz décrit son comportement au travail avec ses collègues ou ses relations en famille avec sa femme et ses fils. Derrière une vie lisse : le vertige, la tentation du gouffre. Pour faire et fuir le vide, il ne reste que le tapis de course, symbole d’une constance abrutie : « j’y cours quinze kilomètres quotidiens, la tête noyée dans une solitude obscure et agréablement douloureuse, sans répit jusqu’à ce que l’éblouissement me submerge. Oui, il y a chez moi cette forme de régularité, ou plutôt d’exactitude, qui est la réalité de mon existence. Là est ma force. Là est ma vie ».
Du tapis roulant de la caisse au supermarché au tapis de course sur lequel le personnage donne corps à la monotonie, Layaz semble vouloir débusquer ce qui, précisément, est tapi au fond de cet homme-là. Ce ne serait pas d’une grande originalité s’il n’y avait ce style à la fois grinçant et cassant, et si l’auteur n’avait cet art de suggérer plutôt que dire. On tient là un genre de satire ou de farce dramatique, en tout cas une tranche saignante de la comédie humaine.

Anthony Dufraisse

Le tapis de course de Michel Layaz
Éditions Zoé, 160 pages, 18,50

Au tapis Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°147 , octobre 2013.
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