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Domaine étranger Petit soldat

novembre 2013 | Le Matricule des Anges n°148 | par Yves Le Gall

Le récit des aventures assez pitoyables d’un Américain parti en 1944 combattre en Europe pour échapper à une mère possessive.

Un destin d’exception

Prentice se sent différent de ses camarades. Quand il s’embarque pour l’Europe, il regarde avec envie les couples qui s’étreignent avant leur séparation. Sa mère a beau l’appeler « mon soldat mon grand, magnifique soldat », il n’est en réalité qu’un être fragile et velléitaire. À l’entraînement, il a souffert d’être « la jeune andouille incompétente du camp  ». Mais les choses sérieuses vont commencer et il va pouvoir prouver sa valeur, peut-être même devenir un héros.
Dans Un destin d’exception, Richard Yates dresse le portrait de personnages finalement assez convenus de la classe moyenne américaine, peut-être un peu plus malchanceux. Le malheur d’Alice, la mère de Prentice, fut d’avoir épousé un être banal, George, qu’elle ne tardera pas à quitter. «  Comment avait-elle pu s’aveugler au point d’ignorer la fadeur de cet homme »  ? Elle qui se rêvait sculptrice célèbre a rapidement connu les difficultés d’élever seule son petit garçon avec de modestes ressources. Le texte de Yates fait écho à sa propre enfance, assombrie par le divorce de ses parents, puis à son engagement dans l’armée.
Le roman trouve son originalité, sa structure autour du personnage d’Alice auquel Yates donne une dimension presque pathologique, du moins hors du commun. Il semble que cette femme ne pourra jamais se réconcilier avec la réalité. Est-elle hystérique, nymphomane ? Sans doute ni l’un ni l’autre mais elle ne cesse de rêver sa vie. Elle tombe amoureuse d’un amateur d’art anglais qui vit un moment avec elle et lui apporte une certaine aisance mais ne tarde pas à rejoindre son épouse en Angleterre. Puis c’est une amie qui l’incite à installer un atelier d’art dans un quartier luxueux. Elle inscrit Prentice dans une coûteuse école privée mais elle sera rapidement obligée de fuir les créanciers pour se réfugier à Dallas chez sa sœur avec laquelle elle se fâche.
Yates ne porte pas de jugements sur cette mère. C’est même avec un regard affectueux qu’il dresse le tableau d’Alice, son petit garçon à la main, courant sous une chaleur accablante, dans la poussière d’une route du Texas pour aller téléphoner à son ex-mari et le supplier de lui envoyer un mandat pour régler sa note d’hôtel et le train de son retour à New York. Prentice a grandi dans un monde de projets toujours avortés et couvé par un amour maternel étouffant. « Prisonnier chancelant de l’étreinte maternelle  », il tentera de s’en libérer en partant pour l’Europe en guerre. Cette aventure ne sera pour lui qu’une déconvenue de plus. Il ne sera qu’un pauvre pantin ballotté dans des opérations auxquels il ne comprend rien. Atteint d’une pneumonie, il s’obstine à vouloir participer aux combats : « Tu as le droit de choisir ta mort. Seulement, si tu restes, il va falloir que tu t’y colles. » Il ne choisira rien du tout et sera rapatrié sur un hôpital. La guerre se termine pour lui dans un sentiment cruel d’inachèvement.
Troisième roman de Yates publié en 1965, Un destin d’exception ne fut pas à l’époque un succès. Ce texte de désillusion prenait le rêve américain à rebours. Au-delà des anecdotes qui lui donnent le rythme d’un récit d’aventures, le roman véhicule une forme de désespoir qui n’est pourtant ni absolu, ni définitif. Mal démarrer sa vie suite à une enfance confisquée est une sorte d’injustice initiale qu’il sera difficile de compenser. Cette injustice est accentuée dans cette Amérique qui, si elle nourrit tous les rêves, se montre impitoyable pour ceux qui échouent. L’écart entre rêve et réalité peut sembler risible mais quand il touche au plus intime, le désenchantement est très douloureux. Richard Yates l’exprime avec amertume et une pointe d’ironie : une façon élégante de faire le deuil de ses rêves et d’éviter de sombrer dans le cynisme, en ouvrant prudemment la porte à de nouvelles opportunités

Yves Le Gall

Un destin d’exception
de Richard Yates
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Azoulay-Pacvoñ
Robert Laffont, 324 pages, 22

Petit soldat Par Yves Le Gall
Le Matricule des Anges n°148 , novembre 2013.
LMDA papier n°148
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°148
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