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Domaine étranger Le blues de la dépossession

janvier 2014 | Le Matricule des Anges n°149

Huit nouvelles et autant de tempêtes, déclenchées par le Coréen Lee Seung-U. Introspectives et fantastiques.

À l’extrême sud de la Corée se situe Jongnamjin, un petit village côtier. « Si la Péninsule était un arbre, c’est là qu’il prendrait racine pour puiser sa sève. » Juste en face s’élève l’îlot de Crève-cœur aux deux collines semblables à des seins. Au couchant, l’œil perçoit tantôt un mamelon, tantôt les deux. Un peu comme la plume de Lee Seung-U qui à travers ce recueil n’en finit pas d’individualiser et de dédoubler. Ses protagonistes vivent à la fois plongés dans une immense solitude, pris dans des nœuds de vie, de misère (économique ou affective), et développent en miroir des sortes d’avatars : clones, frères et sœurs plus ou moins adoptifs, ramifications paternelles ou maternelles rabougries, reliefs d’amours faisandés… À l’instar de métastases, tout cela crée… d’autres histoires.
La société dans laquelle ces êtres évoluent apparaît comme transitoire. Le catholicisme dont les nombreuses branches ou sectes foisonnent dans le pays, semble avoir éradiqué passé, imaginaire, croyances, voire mythologies. Instaurant à la place une bien noire et glaciale rigueur morale, fondée sur les notions de péché originel et de culpabilité. Si les anciens modèles basés sur un paternalisme autoritaire et machiste perdurent, les familles éclatent. La crise économique arrive même à inverser les rôles. Certains chômeurs devenant hommes au foyer, alors que leurs épouses entreprennent, se réalisent.
Les précédents romans de Lee Seung-U, né en 1959, subjuguaient par la fulgurance de leur noirceur, une hébétude désespérée, un fantastique qui sourdait des arbres. L’Envers de la vie, La Vie rêvée des plantes, Ici comme ailleurs (Zulma, 2000, 2006, 2012) évoquaient des existences bien réelles, sordides ou vaines, et montraient l’immense écart avec les désirs, espoirs, serments les ayant précédés. L’auteur semblait faire sien ces vers de Musset : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux. »
Ces chants, qui épousent ici parfaitement le format de nouvelles assez longues, très élaborées, tournent en boucle, s’entremêlent. Écrites à la première ou à la troisième personne, elles proposent des soliloques ou de brefs dialogues. Les descriptions réduites à l’essentiel, s’appesantissent sur des objets du quotidien (téléphone portable, table, valise…). Très visuelles, voire cinématographiques, elles décrivent des huis clos se déroulant dans des appartements cloisonnés. Derniers refuges avant la rue et caisses de résonance des remords. Ainsi, le jeune autiste de « Tantôt il se passe des choses, tantôt rien » y perçoit d’étranges tremblements prémonitoires. L’écrivain de « La Chambre » ne peut s’en éloigner. Parfois, comme dans « Chez l’autre », une pièce est fermée à clef. Le héros sans abri est hébergé chez une ex-amante partie en vacances. Un vieil homme l’invite à marcher tous les jours. Se dessine en creux le portrait de l’absente, jamais partie, d’où l’étrange odeur émanant de la chambre condamnée. On en vient parfois à se demander s’il y a une issue possible à tant de déshérence ?
Lee Seung-U propose une sorte d’acte de foi, un exercice de compassion active, basé sur la confession et donc l’écriture que préfigure la nouvelle éponyme, « Le Vieux journal ». Un mourant ayant tout raté, notamment sa vocation d’écrivain, restitue le carnet intime, dérobé jadis, à son frère adoptif qui, lui, l’est devenu. « Quand j’écrivais, je pensais toujours à la réaction qu’il aurait en lisant mes phrases. J’essayais d’imaginer la tête qu’il ferait à leur lecture. Il était donc toujours mon premier lecteur. Un lecteur qui me parlait à travers l’expression de son visage. (…) L’auteur, c’était en réalité mon lecteur. »

Dominique Aussenac

Le Vieux journal
Lee Seung-U
Traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet
Serge Safran éditeur, 240 p., 19,50

Le blues de la dépossession
Le Matricule des Anges n°149 , janvier 2014.
LMDA PDF n°149
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