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Domaine français Éric le fataliste

janvier 2014 | Le Matricule des Anges n°149

Pourquoi ne pas écrire selon l’ordre imposé des lettres d’un clavier français ? C’est le défi que relève Chevillard dans Le Désordre Azerty.

Le Désordre azerty

Pour Eric Chevillard

Chevillard en aurait-il définitivement fini avec le roman ? Lui dont les dix-huit ouvrages chez Minuit ne cessaient d’interroger la question épineuse de l’auteur, aurait-il rendu les armes ? Après presque trente ans d’incongruités littéraires, Chevillard, dont la vaillance athlétique force le respect, aurait-il décidé, à cinq heures, de tordre le cou à sa marquise ? « A cinq heures, désormais, dit la marquise, je m’allonge sur mon lit, les bras le long du corps, je ferme les yeux, je ne bouge plus. Débrouillez-vous avec ça. » Nous voilà prévenus.
Un abécédaire, donc. Et sur 200 pages, 26 textes où s’il est question d’« Ile », de « Dieu », de « Kangourou »… Chevillard nous livre surtout sa substantifique moelle. Soit, évidemment, H comme « Humour » : « Le réel est sans alternative, voilà ce qui désole l’humoriste (…). Parce que tout est pour lui matière à plaisanterie, on le trouve tantôt trop lourd, tantôt trop léger. Les balances ne sont décidément pas conçues pour peser un être dépourvu de centre de gravité ». Pourtant, bien que Le Désordre Azerty soit profondément entropique, on constate néanmoins qu’il faut être sacrément centré pour dévier ainsi de sa trajectoire. En atteste le texte « Théorie », véritable noyau dur de l’opus où l’auteur déclare : « Je crois dur comme fer que la théorie de l’œuvre est l’œuvre elle-même et que celle-ci, d’ailleurs, n’est peut-être rien d’autre ». D’autres entrées comme « Utilité de la littérature » ou « Genre » précisent la perspective. Un discours mêlant autodérision et nonsense, certes, mais un discours de la méthode.
Façon détournée de dire que l’œuvre est irréductible aux critiques savantes et institutionnelles ? Pas impossible quand on sait que son travail a récemment fait l’objet d’un colloque et que les Éditons de Minuit lui consacrent un essai stimulant dans lequel quatre théoriciens tentent d’approcher la bête. Qu’à cela ne tienne : dans Le Désordre Azerty, Chevillard est Chevillard ! Et l’auteur de nous préciser son origine patronymique : « Chevillard : Boucher d’abattoir qui vend sa viande en gros ou demi-gros, prétend le dictionnaire, c’est mal me connaître : je vends très peu, toujours au détail ». Adieu mise en abyme, adieu compétition d’un auteur « avec lui-même par le biais d’une controverse engagée avec le narrateur de son récit » (Bruno Blanckeman dans Pour Eric Chevillard).
Et puisqu’il est savoureux d’être soi-même la matière de son livre, l’énumération de « Quinquagénaire », puissante comme « L’aleph » de Borges, ne manquera pas de faire le miel des biographes. Chevillard le sait. Aussi sacrifie-t-il à cette pente pour se donner, en la remontant, l’occasion d’en faire autre chose*. Et notamment rappeler cette évidence première qu’écrire est d’abord une affaire de « Style » et qu’en être dépourvu c’est « redouble(r) inutilement le réel (…) ; littérature de miroitier bègue à l’usage des singes et des perroquets ». Écho sonore à Péloponèse (Fata Morgana, 2013) dont la section intitulée « Autofiction » fait varier une pratique répandue : « Beaucoup de gens se reconnaissent dans ce que j’éjacule, c’est comme un miroir pour eux, je reçois un courrier énorme qui en atteste. Je suis de plus en plus souvent invité dans les écoles à parler de ce que j’éjacule. Pourquoi éjaculez-vous ? C’est la question qui revient le plus fréquemment dans la bouche des enfants ». Dont acte.

Christine Plantec

* cf. son Journal « autofictif » dont le sixième volume paraît ce mois-ci, L’Autofictif en vie sous les décombres (L’Arbre vengeur)

Le Désordre Azerty
Éric Chevillard
Éditions de Minuit, 200 p., 17

Pour Éric Chevillard
(Bruno Blanckeman, Tiphaine Samoyault, Dominique Viart, Pierre Bayard)
Éditions de Minuit, 117 p., 12

Éric le fataliste
Le Matricule des Anges n°149 , janvier 2014.
LMDA PDF n°149
4.00 €