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Domaine étranger Mauvaise fortune

mai 2014 | Le Matricule des Anges n°153

Dans l’Amérique post-Jeudi noir, un démontage en règle du mythe du self-made-man, par Nathanaël West. Cruel et hilarant.

Un bon million !

ou Le Démembrement de Lemuel Pitkin
Editions Arbre Vengeur

Quand son automobile percute un camion le 22 décembre 1940, Nathanaël West (né Nathan Wenstein en 1903) meurt largement méconnu du grand public américain, et éclipsé dans la presse par la disparition, la veille, de son ami Francis Scott Fitzgerald… Double peine pour cet auteur de quatre romans qui, malgré l’accueil favorable de la critique, traversa les années de la Grande Dépression en allant d’échec commercial en échec commercial. Il faut croire que l’Amérique des années 30 était peu encline à se reconnaître dans sa prose acide, ironique et grotesque, alors qu’elle se ruait sans broncher sur les productions sucrées de l’usine à rêves qui s’imposait alors, Hollywood, à laquelle West apporta sa contribution, bien rémunérée celle-là, de scénariste – comme tant d’autres écrivains sous contrat avec les grandes compagnies cinématographiques de l’époque.
Courroie de transmission par excellence du mythe américain, exaltation de l’individualisme et de la propriété matérielle, légitimation du capitalisme : autant de prises de position idéologiques que West célébrait dans des séries B montées à l’écran, autant de rêves frelatés déconstruits et moqués dans sa littérature.
Après La Vie rêvée de Balso Snell et Miss Lonelyhearts (cf. Lmda N°128), Un bon million ! ne déroge pas à la règle. Écrite en 1933, cette fable cruelle et burlesque déploie le canevas bien connu du roman de formation pour en donner une version quelque peu… inversée : un récit de déformation, plutôt. À la fois au sens propre, car il s’agit, comme l’indique le sous-titre, du démembrement du personnage principal, et au sens figuré, par la démonstration imparable du désastre humain et politique généré par les chimères du matérialisme.
Tel un Candide extirpé de son paradis originel, Lemuel Pitkin (clin d’œil à Swift et à son capitaine Gulliver par le prénom, et par le nom condamné à la catastrophe – pitkin signifierait « malchanceux » en yiddish) part faire fortune à New York, seule chance d’éviter l’expulsion qui les menace, lui et sa mère. Face à la veuve et l’orphelin, démunis mais pleins d’une foi inébranlable en l’avenir, rien d’autre pourtant que la cupidité crasse et cynique de propriétaires et d’escrocs en tous genres – politiques, banquiers, maquereaux – sur fond de trémolos du discours libéral : « Notre pays est le pays de la chance et le monde vous appartient (…) mais il ne vous attend pas. » Avec un sens implacable de la satire, West déroule jusqu’au bout les corollaires de ce théorème initial, faisant du jeune Pitkin la victime d’une abracadabrante succession de mésaventures, toutes plus désopilantes ou absurdes les unes que les autres. « Condamné à seulement quinze années de détention » parce que le pick-pocket qui lui fait les poches dans le train y laisse malencontreusement une bague en diamant… Totalement édenté, pour une raison visiblement très sérieuse mais totalement mystérieuse, par le directeur de la prison… Vêtu d’ « un uniforme de marin très moulant » et promis au Maharadjah de Kanunami dans un bordel chinois à New York… Mais Pitkin est encore enlevé par la Troisième Internationale (« l’Internationale des Banquiers Juifs et celle des Communistes »), scalpé par un Indien, amputé, et finalement sanctifié par le Parti national révolutionnaire : « son martyre a permis au Parti (…) de triompher, et par ce triomphe ce pays est délivré de la corruption du Marxisme et du Capitalisme international. Grâce à la Révolution nationale son peuple est purifié de toutes les maladies venues de l’extérieur, et l’Amérique est redevenue américaine. »
Fascisme, antisémitisme, racisme… On respire et on rit aux éclats lorsque West précise, au détour d’une phrase, que « le reste du voyage se passa sans incident ».

Valérie Nigdélian-Fabre

Un bon million !
ou Le Démembrement de Lemuel Pitkin

Nathanael West
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Catherine Delavallade
L’Arbre vengeur, 224 pages, 13 

Mauvaise fortune
Le Matricule des Anges n°153 , mai 2014.
LMDA papier n°153
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