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Poésie La possibilité d’une île

mai 2014 | Le Matricule des Anges n°153

École mythique, le Black Mountain College fut un formidable germoir où la poésie devint, liée qu’elle fut aux autres arts, la pointe d’une interrogation sur soi et la société à venir.

L’histoire du Black Mountain College est à elle seule le projet d’un corps enseignant nouveau. De 1933 à 1957, une expérience globale dans la façon de penser les arts (de la musique en passant par la danse, les sciences humaines et la poésie) s’y mena dans une recherche aussi précise que tâtonnante, rationnelle et anarchisante. Ouvert à tous, et souvent aux déclassés ou marginaux en échec, offrant aux populations noires la possibilité d’un lieu de formation inexistant avant-guerre, le Black Mountain College considérait ses hôtes davantage comme des individus (plus que des élèves), et ce dans l’idée de les rendre conscients de leur autonomie (critique) comme de celle de leur propre émancipation. C’est en Caroline du Nord, près d’Asheville, État marqué par une forte communauté protestante, que cette utopie fut envisagée. Malgré toutes les désillusions que ce genre de projets (assez rares en somme, si l’on ne pense d’abord qu’à l’expérience allemande du Bauhaus) ne tarda pas à révéler, tant par les problèmes financiers que les désaccords pédagogiques…, le BMC, dont la réputation fut vite celle d’un repère de hippies, de communistes, de naturistes et d’homosexuels, rassembla la crème des artistes et poètes de l’époque : de John Cage qui y réalisa ses « Event sans titre », premières performances ouvertes, aux peintres Motherwell ou Kline et Rauschenberg, en passant par les poètes Robert Duncan et Robert Creeley, ou encore le chorégraphe Merce Cunnigham…
Dirigé par John Rice, puis le peintre Josef Albers, et enfin (entre 1951 à 57) le poète Charles Olson, véritable géant qui y introduisit un enseignement poétique inédit, il ressort que la réputation du BMC tint autant aux idées qui le formèrent (l’héritage des avant-gardes américaines de l’après-guerre comme du Bauhaus et de la pensée du philosophe américain John Dewey) qu’à la personnalité de ses recteurs et enseignants, ce qu’expose ici Éric Giraud dans son formidable travail historique. À une « pédagogie centrée sur l’expérience » (J. Dewey), où les arts, non-séparés, recouperaient sans hiérarchisation celui de la construction d’une expérience « qu’on appelle, sans doute inopportunément, “ordinaire” » (Jean-Pierre Cometti), le BMC ajouta un supplément de vie un peu fou, débordant, de l’enthousiasme communautaire. Charles Olson faisait des cours de 18 heures à la nuit, avec l’idée que la « mise de l’art en action » deviendrait le centre de ses procédures spirituelles et formelles ; on voit (dans une riche documentation) Albers disposer des dessins au sol et le jeune Robert de Niro assister à la séance. Parmi les aspects ici exposés du BMC, le « faire cette chose », qui ne la place plus comme extérieure à soi, se retrouva dans l’expérience de la Black Mountain revue que dirigea Robert Creeley (1954-57). Cette small press, influencée par Ezra Pound et William Carlos Williams, centre des sessions estivales, diffusa autant les poètes de la côte californienne que ceux de l’objectivisme ou de la Beat generation, mais aussi le foyer de l’interrogation des liens entre peinture et écriture.
Le BMC fut ainsi un lieu endurant où « le courage de l’expérience » s’exerça le plus librement, tenant toujours à ne jamais reproduire ce que la culture vectorise de distinction de classe en s’institutionnalisant.

Emmanuel Laugier

* À paraître : Black Mountain College, d’Alan Speller, Éditions la lettre volée (juin 2014)

Black Mountain College :
Art, démocratie, utopie

Sous la direction de Jean-Pierre Cometti et Éric Giraud
Presses Universitaires de Rennes / Cipm, 196 pages, 18

La possibilité d’une île
Le Matricule des Anges n°153 , mai 2014.
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