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Stratagèmes Malchance, préliminaires, détail, Alfred Hitchcock, Richard Nixon

juillet 2014 | Le Matricule des Anges n°155 | par Pierre Senges

0. (Journal de lecture du roman de F. Fulmerford, Les 36 Stratagèmes1. Son personnage principal, Samuel Tubal, collectionne les stratagèmes ; totalement incompétent en matière de finance, il travaille dans une grande banque d’investissement. L’auteur fatigué de sa créature tente de l’assassiner, en vain. Page 320, Tubal chemine seul, la nuit, dans les rues de Londres.)

1. Samuel Tubal n’est pas le genre d’homme pour qui les taxis s’arrêtent spontanément, encore moins le type d’aventurier pour qui les taxis daignent apparaître subitement au beau milieu de la nuit, « comme les elfes de Prospero2 ». Alors, que voulez-vous, il marche : rien de moins golden-boy que cette promenade de solitaire sans limousine (Fulmerford fait allusion à celle d’Eric Packer dans le Cosmopolis de Don DeLillo). Tubal en vient à calculer les risques d’essuyer une averse – il se souvient du stratagème de Baltasar Gracián, « connaître son jour de malchance » (aphorisme 139), que Baltasar commente ainsi : « Même en matière d’entendement il y a des jours, car on n’est pas intelligent en permanence. »

2. La fatigue et le whisky sans glace altèrent sa confiance : le collectionneur de stratagèmes Tubal se demande s’il fait bien de collectionner, et s’il est juste de voir des stratagèmes à tous les coins de rue – la réponse est oui à partir du moment où l’on accepte la règle selon quoi l’inconscient est structuré comme un langage3.

3. Il a l’air de marcher au hasard, en vérité il se dirige vers l’appartement de Lisbeth Fitzroy, objet de son désir discret. D’ici quelques chapitres, l’infortuné piéton frappera à sa porte : alors à nouveau il pourra convoquer (mais dans le désordre) tous les stratagèmes érotiques mis au point depuis Ovide (« Connaître les poèmes élégiaques ») jusqu’à Ladies’ Home Journal (« Ne pas négliger les préliminaires »). Pour l’instant, il piétine : n’importe qui à sa place profiterait du moment pour faire un bilan de son existence, Samuel Tubal choisit de méditer sur l’efficacité des stratagèmes face aux aléas, aux circonstances et aux menus détails – ce qui, après tout, revient au même.

4. Il rappelle pour commencer (page 321) que selon la définition de l’International Risk Governance Council, « le risque est la conséquence incertaine d’un événement ou d’une action sur quelque chose possédant une valeur ». Et selon la norme iso 31000:2009, « le risque est l’effet de l’incertitude sur les objectifs4. »

5. Puis il évoque (page 322) l’incontournable Art de la Guerre (cité 113 fois dans le livre) : Sun Tzu conseille d’avoir « une connaissance exacte et de détail de tout ce qui vous environne ». Dans un autre chapitre, Sun Tzu fait pourtant cette remarque : « Il y a une infinité de situations différentes dans lesquelles vous pouvez vous trouver par rapport à l’ennemi. On ne saurait les prévoir toutes. » Dans le même genre5, Soleymân al-Rawandi écrit au XIIIe siècle dans sa Conduite de la guerre, conduite de la bataille  : « [Un roi] doit connaître en détail la situation de son ennemi, comme sa propre situation. Un joueur d’échecs doit surveiller le jeu de son adversaire au même titre que son propre jeu. »

5 bis  : (Mais comme disait Abélard, c’est plus facile à dire qu’à faire.)

6. Profiter des circonstances – page 324, Samuel Tubal rappelle l’histoire croquignolette advenue en 1435 dans la bonne ville de Fabriano : pour estourbir leur seigneur Tomasso Chiavelli, dont ils étaient probablement lassés, les habitants ont attendu le moment propice, pendant la messe : « il avait été convenu que le massacre commencerait quand le prêtre prononcerait ces mots du Credo : et incarnatus est6. » Alfred Hitchcock s’est souvenu de l’astuce, en remplaçant le incarnatus est par un coup de cymbales ; Francis Ford Coppola aussi.

7. À en croire Malaparte, le plan du coup d’État d’octobre 1917 a été préparé dans ses moindres détails par Vladimir Antonov-Ovseïenko, ancien officier de l’armée impériale, « aussi connu comme joueur d’échecs que comme révolutionnaire ». Selon Lénine, seul un bon joueur d’échecs peut organiser une insurrection ; Trotski, plus euphorique7, pense que l’insurrection peut se passer de circonstances favorables – allez savoir.

8. Ajoutons alors, à toutes fins utiles, cette déclaration de Richard Nixon : « Tout mon humour est affaire de situation ».

1 The Thirty-six Stratagems, F. Fulmerford, Londres, 2011. Rappelons que Tubal habite Annuitants Castle Street.
2 F. Fulmerford, op. cit., page 314.
3 Cf. Les Nouvelles aventures de Chéri-Bibi, Gaston Leroux,
Paris, 1921
4 Pour d’autres définitions, voir aussi L’île au Trésor,
R. L. Stevenson.
5 Épique.
6 La Civilisation en Italie, au temps de la Renaissance, Jacob Burckhardt, 1885.
7 Ce n’est peut-être pas l’adjectif qui convient.

Malchance, préliminaires, détail, Alfred Hitchcock, Richard Nixon Par Pierre Senges
Le Matricule des Anges n°155 , juillet 2014.
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