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Domaine français Mort en eau douce

avril 2015 | Le Matricule des Anges n°162 | par Thierry Guichard

Figure montante de la scène musicale française, Bertrand Belin dont l’album Parcs impose un univers envoûtant publie un premier roman où d’emblée une voix singulière s’impose.

Les quatre albums de Bertrand Belin, dont le spectre va, notamment, de Manset à Gainsbourg, offrent des compositions où la mélodie et la gravité de la voix semblent jouer un mariage impossible, et donc émouvant. Il en est de même de son premier roman qui paraît ce printemps et qui fait suite à la fiction musicale Cachalot ? pour laquelle Bertrand Belin investissait le contre-réservoir de Grosbois, non loin de Dijon. S’il faisait apparaître dans ce lac artificiel un énorme cachalot blessé, c’est un requin que l’on voit poindre au terme de ce roman étonnant, appelé dans le texte comme la figure totémique de la mort.
Nous sommes donc à nouveau dans ce lac artificiel de Grosbois. Ou plutôt le narrateur s’y trouve. Il s’y noie même. Pris d’une crampe, il sait que la fin est proche et soliloque à tout-va, faisant remonter à la surface des eaux, sinon son corps, du moins des morceaux de sa vie et plus encore des considérations philosophiques et parfois incongrues. Ainsi sa rencontre avec celle qui est devenue sa femme, au cœur d’un site archéologique (l’archéologie est la passion du futur noyé qui l’aura entraîné à voler quelques centaines de squelettes mérovingiens…), nous est-elle restituée entre une réflexion sur la mort et une autre sur l’explosion d’un verre lorsqu’il touche le sol.
Un homme se noie et, détaché de sa mort comme il semblait l’être de sa vie, il en profite pour laisser flotter ses pensées. On peut en rire et certaines métaphores (« je fus vexé comme huître sous une douche de citron ») nous y invitent, comme cette distance ironique que la voix impose lorsqu’elle évoque la mort : « dont on se doute qu’elle ne promet pas grand-chose d’incontestablement folichon. » Mais on sent vite, comme dans ses chansons, que cette distance ironique est le seul lieu habitable entre la douleur, le pathos et la certitude de l’inanité des choses.
De Peggy, sa femme, et d’Alan, son fils, restés sur la plage et qui ne se doutent pas du drame qui se joue, on ne sait au final pas grand-chose, mais assez cependant pour être pris dans les rets de l’émotion. Bertrand Belin touche juste en faisant mine de tirer à côté de la cible. Ce sont des images dont la précision offre l’expérience d’un impossible « déjà-vu » au lecteur, cet écart pudique entre le ton de la voix et l’imminence de sa disparition définitive, qui placent la lecture d’emblée du côté de l’expérience. On ne suffoque pas. L’air ne nous manque pas. Mais le réel s’engouffre dans le livre qu’on lit comme s’il était un vortex de sensations, pour nous laisser nu dans l’espace, face à la question primordiale de savoir ce qu’est notre mort, ce qu’en retour devrait être notre vie. La phrase, inventive mais sans perdre le contrôle de la narration (« Je suis incapable de me noyer paisiblement. Je pense à tout sauf à mourir. »), use de digressions pour nous conduire tantôt du côté du paléolithique, tantôt dans une chasse sauvage et affamée au cygne, tantôt dans une pêche miraculeuse au lait (même sous la torture, on n’en dira pas plus, cela se découvre au fil des pages). En amont de cette mort annoncée, on entend poindre la rage d’un laissé pour compte, un enfant de la misère dont le trésor fera, à la surface lisse du lac, des bulles : ce sont ses mots, sa pensée qu’il laisse échapper d’un corps qui ira nourrir dans la vase, « la faune et la flore des lacs français ». Restés sur la berge, on attend désormais d’autres signaux de Bertrand Belin.

T. G.

Requin
Bertrand Belin
P.O.L, 180 pages, 14

Mort en eau douce Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°162 , avril 2015.
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