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Égarés, oubliés D’encre et d’oubli

octobre 2015 | Le Matricule des Anges n°167 | par Éric Dussert

L’effacement du poète, dramaturge et critique Paul Vérola prouve que l’absence d’efforts peut nuire. Esthète, humaniste et même idéaliste, que reste-t-il de lui ?

C’est sa ressemblance avec le jeune Pierre Béarn qui frappe d’abord. On dirait des jumeaux : profil grec, cheveux bouclés, œil clair et perçant. Passé ce constat, on s’interroge : qui est donc Paul Vérola ? Et surtout, pourquoi a-t-il choisi un pseudonyme aussi malsain ? On imagine naturellement un garçon artiste, qui vire au poète décadent lorsqu’il en a l’occasion, dans son immense vénération pour Charles Baudelaire… Et bien on se trompe.
Paul Vérola est né à Nice le 12 juin 1863. Il n’est donc pas de la génération de Béarn, né en 1900, et pourrait plutôt être son père. Et on se trompait doublement : Vérola n’est pas un pseudonyme, c’est bien le patronyme que ses parents, des petits-bourgeois issus d’une vieille famille de Coaraze, village préoccupé de forêts de pins et d’olivettes, lui ont légué. Son père le destinait au barreau mais un premier emploi en tant que secrétaire du petit-fils du tsar Paul Ier, Nicolas d’Oldenbourg, qui hiverne à Nice comme beaucoup de Russes, va modifier son destin. Là où les rastaquouères comme le comte de Miléant se prélassent sous le regard observateur de Jean Lorrain (Le Crime des riches, 1905), Georges Maurevert (Éros et la riviera, 1927) et de Jean-François Louis Merlet (Pourriture dorée, 1927), Paul Vérola séduit une princesse. Oui, Alexandra von Ostenburg, fille du prince Nikolaus Friedrich August von Holstein-Gottorp, duc d’Oldenburg, s’éprend de lui et n’en démord pas. Les jeunes gens filent se marier à Funchal, à Madère, en 1885. Le prince doit céder devant l’audace.
C’est ce coup du destin qui vaut à Paul Vérola de figurer sur cette page. À l’exception de quelques vers dont nous parlerons plus bas, son œuvre charmante n’a cependant rien d’impérissable, et son rôle dans la vie des lettres est celle d’un homme riche qui vit de la fortune de sa femme. Le couple s’est installé très tôt à Paris et lui s’adonne entièrement à la littérature, fait deux enfants (Marie Claire et Raymond, qui meurt jeune) à son épouse qu’il aime, fréquente le gratin de son temps, jusqu’au Verlaine sans ors des dernières années qui le tape à l’occasion, ou Judith Gautier avec laquelle il discute « Nirvâna ». En attendant de fréquenter le théâtre d’Antoine, Pierre Quillard, Camille Mauclair, André Gide et tous les autres.
Dans la posture de l’aristocrate des lettres, il survole la vie et donne quelques romans, Accouplements (1887), Exempté (1888), L’Infamant (1891) – sa superbe couverture par Jules Chéret est visible sur Gallica.fr – qui ne lui attireront cependant pas l’attention que lui valent sa poésie, son théâtre et La Renaissance contemporaine, sa revue littéraire qui lui assure une attention soutenue parmi ses pairs (forcément).
Vers symbolistes et drames religieux sont sa spécialité (né quelques années plus tard, il eût fait un parfait auteur de la maison Lemerre). Ce sont du reste des productions typiques de son époque. Les Orages (1889), Les Horizons (1895) ou les parnassiens Baisers morts (frontispice de F. Rops, 1893) dont Verlaine fit dans La Plume du 1er juillet 1893 un éloge aussi éhonté que contraint. À propos des « sonnets accouplés » (quatre quatrains et quatre tercets qui s’entrelacent, une création de Vérola), il constate qu’ils produisent « par la distance des rimes, un effet de vague des plus doux et des plus bizarres ». Ite missa est.
Ces vers seront même repris dans le recueil collectif des Nuages de pourpre (1907) et puis il fait représenter des pièces en vers comme L’École de l’idéal (1895) et surtout une tétralogie inspirée par les religions orientales, Rama, Nirvana, Mosé, Zarathoustra (1898-1910), et quatorze ans plus tard, une adaptation de l’Anglais Sutton Vane, Au grand large où s’investiront Louis Jouvet et Michel Simon.
De ce fatras, certes pas déshonorant mais manifestant des préoccupations bien désuètes après 1918, que reste-t-il ? Une revue inégale, le souvenir effacé d’un humaniste passionné par les idées, des livres qui s’effritent, rien d’impressionnant ou de glorieux finalement pour ce personnage marquant du milieu entre 1890 et 1930. Voilà qui devrait donner à réfléchir à certains de nos contemporains que frôlent par trop les objectifs et les micros. Dans le cas de Paul Vérola, c’est à se demander si l’aisance n’a pas coupé les ailes du jeune homme avide de littérature, et si la difficulté n’est pas, parfois, le ferment nécessaire aux plus grands créateurs. Au fond, une vie pleine d’aisance serait-elle la meilleure façon de se faire oublier ?
Aujourd’hui, s’il faut conserver de Vérola quelques vers, ce sera probablement ceux qu’il offrait à Fernand Drujon établissant en 1893 un bel essai de taxinomie des ouvrages détruits, « Destructarum Editionum Centuria » (Paris, Annales littéraires des bibliophiles pour 1892). Son poème s’intitule « Le Livre » et dans sa version de 1907, il dit ceci : « Ainsi, quand nul œil ne le sonde,/ Chaque livre est un vain tombeau/ Où dort, d’un léthargique somme,/ Une âme qui peut vivre encor./ (…)/ Ouvrez, interrogez les bières !/ Inondez-les d’air et de jour !/ En est-il un qui réponde ?/ Sur elles à quoi bon prier !… »
Éric Dussert

D’encre et d’oubli Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°167 , octobre 2015.
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