De René Bretonnayau, on ne connaît pas les conditions de naissance, non plus que celle de la mort. On sait qu’il est l’auteur de quelques pages et qu’il était médecin. Des médecins-poètes, le Parnasse médical français (Adrien Delahaye, 1874) d’Achille Chéreau (1817-1885) en recensait soixante-dix. La postérité a tranché, en matière de médecin elle a préféré un certain Rabelais, beaucoup plus prolixe le gaillard, et d’un ample abattage. Et puis il philosophait lui, ce qui ne fit jamais, surtout pas, Bretonnayau. D’ailleurs, l’Encyclopédie de Panckoucke (1820) ne le donnait pas vraiment gagnant dans sa notice – notez qu’il disposait tout de même d’une notice : « BRETONNAYAU (René), médecin de Vernantes, dans l’Anjou, exerçait sa profession à Loches, vers la fin du seizième siècle. Malgré les éloges que lui a prodigués La Croix du Marac le seul ouvrage qui nous ait été transmis sous son nom, et qui est en vers, n’annoncé pas moins un médecin peu habile qu’un versificateur plus que médiocre. Cet ouvrage, dont N. Portal se trompe quand il assure que le contenu est en latin, a pour titre « La Génération de l’homme et le temple de l’âme, avec autres œuvres poétiques extraites de l’Esculape de René Brétonnayau, Paris, 1583, in-4° » C’est ce qui s’appelle passer à la casserole…
Reste qu’on colloquait à Montpellier en novembre 2024 à propos de « René Bretonnayau : un médecin poète au seuil de la modernité ». Qu’est-ce à dire ? Se serait-on trompé à propos de cette édition d’Abel l’Angelier de 1583 des vers de René, fils du médecin Jean Bretonneau ou Bretonnayau ? Et que sait-on de lui au juste ? Pas grand-chose, vraiment. Il quitte Vernantes, petite ville située au nord-est de Saumur pour Beaulieu-lès-Loches où il épouse Jeanne Lespeleigney, la fille de l’apothicaire auteur du versifié Promptuaire des médecines simples (Tours, Mathieu Chercele, 1537 ; Paris, Pierre Sergent, 1544)… Son propre fils, Théodore (il a aussi une fille, Suzanne) écrira lui aussi des vers et sera pareillement médecin. La manie familiale est donc établie. Selon la Vie des poètes tourangeaux de Guillaume Colletet (que l’on croira mieux de Panckoucke et son sbire rédacteur), René fut excellent thérapeute au point que « toute la province l’allait bientôt consulter comme un oracle ».
Reste que le grand moment de Bretonnayau, c’est son poème de 1583 en huit mille alexandrins et en langue vernaculaire au sujet de la médecine. Apparemment patchwork, son Esculape annonce quatorze parties vouées à louer la création du « Divin Architecte » et n’en oubliant aucun, témoignent « les Hémorroïdes » : « Comme l’on voit les grains sur la grappe grossir,/ De gros boutons de sang, que la nature humaine/ Tâche d’épanouir, déchargeant la grande veine,/ Le foie, et mésentères, et la rate, et les reins,/ Quand le sang est mauvais ou qu’ils en sont trop pleins. » Un peu carabin, il débutait le chapitre sur une reprise ostensible de Ronsard : « Comme l’on voit rougir sur son arbre la meure »… (« Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose » chez Ronsard » Et lorsqu’il aborde les questions bien naturelles de la procréation, il le fait en poète, mais en poète protestant : « C’est afin que la femme, encore qu’elle sache/ Que c’est, en me lisant, modeste ne se fâche,/ Et que la fille aussi, qui jà s’en doute bien,/ Feigne honteusement de n’y entendre rien » de « L’Arc d’amour » de l’homme ou du « Fort de Vénus » de la femme. Sacrés parpaillots.
Viennent encore la physiologie, la thérapeutique, l’anatomie (encore) et même, dans un poème écrit à l’adresse de Madame de La Vallette, la cosmétique : « Aussi dans le beau corps habite la belle âme :/ Le laid quoi qu’on en dise est la prison infâme/ De l’âme laide aussi : car la complexion/ Des parties du corpus suit la proportion./ La beauté est le but, où l’œil de la nature/ Vise attentivement formant le créateur :/ autrement elle-même a de son fait horreur,/ Si son œuvre n’est belle, et s’elle y voit erreur. Farder est imiter l’Éternel Architecte. » S’il vivait aujourd’hui, Bretonnayau aurait possiblement versé dans la chirurgie esthétique. Il ne manquait d’humour, l’animal, en particulier lorsqu’il contrefait une oraison funèbre, genre très codifié, en exploitant la mort du petit singe mort de la coqueluche… Comme en conclut Évelyne Berriot-Salvadore, qui admire sa virtuosité d’écriture, René Bretonnayau a donné là « une époque de la création à la manière d’un Du Bartas, une guirlande de sonnets à la manière de La Pléiade, une fable plaisante comme pouvaient les apprécier les érudits ». Conclusion, nous voilà face à un petit Rabelais adoncque. Ne reste plus qu’à le rééditer dans son entièreté…
Éric Dussert
Les Sonnets de l’Esculape, de René Bretonnayau
Préface d’Évelyne Berriot-Salvadore, La Guêpine, 56 pages, 16 €
Égarés, oubliés Pour une poignée de sonnets
janvier 2026 | Le Matricule des Anges n°269
| par
Éric Dussert
Médecin du Lochois, René Bretonnayau taquinait la muse avec un goût marqué pour les sujets lexicaux et scientifiques. La postérité l’a ignoré.
Un auteur
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Pour une poignée de sonnets
Par
Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°269
, janvier 2026.
