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Poésie Poème boomerang

janvier 2016 | Le Matricule des Anges n°169 | par Christine Plantec

L’été 2013, Ludovic Degroote part avec sa femme en Zambie pour y retrouver leur fille. De ces semaines en Afrique, il en extrait zambèze.

Lorsque j’ai commencé à noter quelques petites choses dans mon cahier, cela s’est posé en fragments et en vers : c’est ainsi que j’ai continué », confie Ludovic Degrotte. Pourtant, à mesure que les jours passent, le poème sur l’Afrique semble s’éloigner. Certes on y croise tout l’exotisme du bestiaire et des lieux aux noms emblématiques mais cet Ailleurs est d’autant plus décevant, attendu et factice qu’il rappelle avec ironie qu’on voyage d’abord avec soi : « je voudrais sortir / je voudrais sortir de moi ». Ceci n’est donc pas un récit de voyage, zambèze n’en est pas non plus la transposition littéraire. Et si le livre ne sera ni un « anti-gide, anti-leiris, anti-michaux des amazonies », c’est peut-être que son enjeu est d’être une méditation sur l’acte d’écrire lui-même. Et rien d’autre.
Dès l’abord, « quinze juillet deux mille treize / j’ouvre ce cahier au bord du zambèze – huit heures du matin, soleil frais / on ne peut tout dire – il faut choisir, qu’il s’agisse ou non du moindre », trois fragments séparés par un blanc flottent sur la page. En toutes lettres (plutôt qu’en chiffre arabe), l’hexamètre impose son tempo, à quoi s’agrège le deuxième fragment qui nomme un lieu (zambèze) et, grâce au mot « carnet » ébauche la perspective d’une œuvre à venir. L’effet de réel est à la fois recherché et immédiatement détruit par la pause réflexive qui suit. « on ne peut tout dire… » formule une exigence forte ; à savoir montrer l’endroit et l’envers du poème en même temps.
L’ambition est considérablement risquée. Autant vouloir se sortir du marécage en se tirant soi-même par les cheveux ! Néanmoins une cinglante lucidité teintée d’auto-dérision permet à Degroote de résoudre cet impossible paradoxe. Parce que les écueils sont multiples, le poète les nomme et y revient ; qu’il s’agisse de ce que la bibliothèque a déposé en soi, des mots qui « simplifient » ou « réduisent » ou « ne disent rien », des « poncifs » ou encore des images qui agissent comme un quatrième mur entre soi et le paysage puisqu’être touriste c’est immanquablement se confronter à la mise en scène douteuse du monde : « aux chutes victoria / je ne reconnais rien / que des cartes postales / c’est très joli ». Et puis il y a les peurs : « je ne pars jamais sans mes pieuvres, ou plutôt ce sont elles qui ne m’abandonnent jamais ». Elles se greffent au poème, s’invitent la nuit ou « dans les yeux », « comme un figuier épiphyte dévore un arbre sur lequel il a pris naissance ». Elles imposent des arrêts que le mouvement du fleuve, de la pensée, de la langue elle-même contrecarre. À ce titre, l’alternance de fragments et de vers est très judicieuse ; le vers libre agissant comme une mise l’épreuve de ce que le fragment interroge. Son principe de réalité : « on nourrit des rêves et des intentions / et puis la vie vous ramène dans la vie / j’écris par le travers ».
Le lecteur assiste à la lente concrétion du texte dont la densité alluviale est une mémoire qui remonte et dont Degroote ne manque pas d’en préciser la singularité. Si « chambéry et le bourget s’invitent en zambie », si le Zambèze pourrait tout aussi bien être « la loire ou le rhône », c’est que plutôt que d’être inféodée aux horloges et aux cartes « notre histoire, en se bâtissant depuis l’enfance, trouverait son unité dans la distribution mobile des espaces et des pièces ». Mais dans ce flux héraclitéen, perçue au hasard, une butte rouge creusée dans les ravines du fleuve fait berge et amarre : « ravin roulé rouge, sienne brûlée roussillon monts des récollets / il faut bien qu’il y ait quelque chose de soi / pour que l’œil trouve une matière / où se retrouver ».
La geste poétique est alors une possibilité (peut-être la seule) de re-figurer l’expérience personnelle quand bien même ce zambèze-ci nous indiquait dès la couverture que, privé de sa majuscule, cette expérience trouverait à s’actualiser bien au-delà des mots.
Christine Plantec

Zambèze de Ludovic Degroote
Éditions Unes, 88 pages, 17

Poème boomerang Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°169 , janvier 2016.
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