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Intemporels Gloire des pauvres diables

février 2016 | Le Matricule des Anges n°170 | par Éric Dussert

Un vieux fonctionnaire vit sur le tard ses rêves de gloire poétique. Exaltations et stupeurs de la vie littéraire, par Arthur Schnitzler.

D’Arthur Schnitzler, on savait grâce à La Ronde (1897) le goût pour le marivaudage et l’analyse des sentiments (sa pièce scandaleuse ne fut jouée que dix ans après sa rédaction), grâce à Vienne au crépuscule, son roman interdit de 1907 comment il traçait des tableaux impitoyables de la vie intellectuelle viennoise, et finalement grâce à Une jeunesse viennoise (1920) ou au Retour de Casanova (1918) comment l’âge mûr l’avait autorisé à affiner encore sa vision a posteriori des événements de sa riche vie d’« observateur participant ». La table semblait mise, le décor posé, or il manquait une pièce encore : Gloire tardive, un roman traçant comme une novella, publié en 2014 dans sa version originale en Allemagne après avoir été extirpé des archives. C’est une trouvaille, un vrai bijou dont on peine d’ailleurs à croire qu’on ait pu le tenir sous le boisseau si longtemps.
L’argument est d’une simplicité biblique : Edouard Saxberger, vieux fonctionnaire de Vienne à l’existence tranquille se voit appelé à cause d’une plaquette de poèmes publié lorsqu’il était jeune par un groupe de jeunes gens aux activités de leur cercle « Exaltation ». D’ancien poète raté – qui s’est d’ailleurs oublié – le voici « maître ». Ses disciples sont des poètes et des comédiens, ils sont bourrés de talent et comptent bien ne pas se laisser arrêter par le mépris d’autres jeunes gens, sans talent et arrivistes qui plus est, qui les narguent. Sous la plume de Schnitzler la peinture est ravageusement drôle et précise. D’autant plus que cette Gloire tardive rédigée dans les années 1890 retrace sa propre expérience aux côtés de Lichtenberg, Hofmannsthal, Kraus et de sa propre maîtresse infidèle d’alors. Ce roman à clés est un feu d’artifice, probablement vengeur…
Parfaitement suggestif, n’omettant rien en matière de poses, postures et minauderies des uns et des autres, aussi naïfs, stupides ou vaniteux qu’ils soient, Arthur Schnitzler donne là un livre absolument délicieux. Un condensé de son œuvre en quelque sorte. D’abord parce que Gloire tardive témoigne admirablement de son talent d’écrivain (ah, les effets de la veste jaune de cette comédienne sur le retour), d’autre part parce que tout à son freudisme, Schnitzler ne rate rien de la vie sociale et affective, de la vie psychique de son temps, tout en analysant à merveille l’expérience éprouvée du temps sur l’être et sa pensée. Ainsi le vieux fonctionnaire connaît les premières marches de la gloire qu’il avait tant espérée autrefois mais se rend compte des irréparables changements de ses désirs.
Sans utiliser le monologue intérieur qui fait le suc du Sous-Lieutenant Gustel (Sillage, 2009) déambulant dans les rues de Vienne en se rongeant les sangs, le trentenaire Schnitzler donne de Saxberger un portrait détaché et fidèle d’un homme sans qualités qu’il pourrait être plus tard, sans forfanterie ni fausse humilité, mais avec un brio dont il ne se départit jamais. Une brillante introduction à son œuvre pour qui ne l’aurait jamais abordée.
Éric Dussert

GLOIRE TARDIVE
D’ARTHUR SCHNITZLER
Traduit de l’allemand par Bernard Kreiss, Albin Michel, 150 pages, 16

Gloire des pauvres diables Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°170 , février 2016.
LMDA PDF n°170 - 4.00