La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger Il était une fois l’Amérique

septembre 2016 | Le Matricule des Anges n°176 | par Thierry Guinhut

L’avocat et écrivain Sergio De La Pava met les mondes entrechoqués de la justice et du crime sur le banc des accusés.

On ne s’étonnera pas que quel-ques dizaines d’éditeurs aient refusé le pavé de La Pava (si l’on pardonne le facile jeu de mots). Est-ce en effet un roman, un essai ? Débutant par une interminable énumération de cas de délinquances diverses, qu’animent des dialogues répétitifs entre un avocat et ses divers clients, renvoyés à la chaîne par un juge peu amène, le catalogue des procédures risque bien de lasser le lecteur accablé. Pis, la prolixité bavarde gangrène le récit.
Mais on ne s’étonnera pas non plus que ce titre ait fait son chemin à compte d’auteur et sur internet à la rencontre de lecteurs enthousiastes, avant que la maison d’édition University Chicago Press s’en empare. Il se révèle en effet un formidable tableau de la justice pénale américaine, une charge détonante d’un implacable réalisme contre cette machine à inculper, emprisonner, rarement relaxer, pour des délits, du plus grave homicide au plus mineur, souvent liés à des consommations et des trafics de stupéfiants, parfois à l’instigation de la police. L’industrieuse institution à même de remplir les prisons fonctionne à plein tube, surtout si la récidive, y compris après bien des années, s’en mêle. Ce qui ne semble qu’à peine choquer l’actif jeune avocat new-yorkais qui est l’acteur, le témoin et le narrateur de cette vertigineuse liste, non sans ironie : « vous voilà prêt désormais à déclarer Hobbes contre Rousseau sans avoir besoin de délibérer plus avant ».
Plus tard, on en apprend un peu plus sur notre modeste héros besogneux, Casi, sur les procès qu’il ne perd jamais, quoiqu’un échec devienne le tournant de son existence, sur sa famille d’origine colombienne, sur ses frustrations, sur sa mère qui veut jouer pour lui l’« excellente entremetteuse », sur la « petite Marie du Silence », qui finira par parler…
« J’existerais bien en dehors des normes et soucis de la société, mon seul souci étant mon avancement et mon évolution personnels en tant qu’être humain », confie sans vergogne le narrateur, imaginant avec un comparse de prendre son envol vers l’indépendance risquée du « crime parfait », au moyen de dizaines de millions de dollars venus d’un cartel de la drogue. Le romancier plante alors les bases d’une méditation morale à l’adresse du lecteur. Quoique notre avocat rêve d’avoir, une fois riche, « une bibliothèque », en une belle page lyrique, il s’attend à « une conséquence quasi sophocléenne  ». On devine que les choses ne se passeront pas toutes comme prévu, qu’une enquête criminelle frôlera Casi : « À part le fric, un désastre absolu »…
Pour reprendre l’épigraphe tirée des Psaumes, « tous sont égarés, tous sont pervertis ». En effet « une certaine violence s’est déchaînée et il n’y a rien dans notre univers impie pour l’arrêter ». De ce roman de société satirique en trois volets et aux accents par instants grandioses, entre registre didactique et dramatique, les États-Unis ne sortent pas grandis, là où, selon les physiciens, notre « univers s’effondre dans (…) une singularité nue  ».
Outre-Atlantique, les éloges ont plu sur l’ambitieux grand œuvre irrésolu de Sergio De La Pava, un avocat né en 1970. Rien n’empêche cependant d’imaginer que sérieusement élagué, caressé par l’esprit de concision, l’ampleur de ce Crime et châtiment new-yorkais n’eût rien perdu, au contraire.
Il fallait un traducteur compulsif et passionné pour sillonner un tel fleuve : Claro, par ailleurs interprète de Pynchon, qui parvient à restituer tant les arguties de la rhétorique et de la correspondance judiciaires que la vitesse des dialogues à la Gaddis, la couleur des sociolectes, les allusions à la génétique, à la boxe, à la philosophie, à une foule de sujets, les rythmes divers de la narration et de l’introspection.

Thierry Guinhut

Une singularité nue, de Sergio De
La Pava, traduit de l’américain par Claro, Le Cherche Midi, « Lot 49 », 848 p., 23

Il était une fois l’Amérique Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°176 , septembre 2016.
LMDA papier n°176
6.50 €
LMDA PDF n°176
4.00 €