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Histoire littéraire Mettre sa vie en littérature

janvier 2017 | Le Matricule des Anges n°179 | par Richard Blin

Max Frisch concevait ses journaux comme des œuvres à part entière. Son Journal berlinois, qui dit une existence par l’écriture, le démontre.

Journal berlinois 1973-1974

Quand il s’installe à Berlin-Ouest en 1973, Max Frisch (1911-1991) a 62 ans. Architecte de formation qui a décidé de se consacrer exclusivement à l’écriture, il est très largement reconnu tant pour ses romans (Stiller, Homo Faber) que pour son théâtre et son Journal (1966-1971). Grand voyageur, il a choisi Berlin pour y retrouver un anonymat qu’il n’a plus à Zurich, sa ville natale, ni à Berzona, le village italien du Tessin où il a une maison.
C’est avec la remise des clefs de son nouvel appartement que commence le Berliner Journal, qui comptera cinq cahiers, mais ne sera, selon les volontés de l’auteur, ouvert que vingt ans après sa mort. Seuls les cahiers 1 et 2 (1973-1974) pensés et construits pour être publiés, sont aujourd’hui accessibles, les cahiers 3 à 5 (1974-1980), moins élaborés et essentiellement centrés sur la vie privée, ne pouvant être rendus publics.
Pour Frisch, le journal, de par sa nature fragmentaire, son côté kaléidoscopique et sa façon de lutter contre l’oubli quotidien, participe de la recherche d’une forme d’écriture capable de mêler l’analyse des phénomènes de l’époque, la réflexion esthétique et l’expérimentation de divers sujets ou de différents styles. Conçu comme une composition rigoureusement structurée de textes qui se font écho ou se tissent les uns avec les autres, ce Journal berlinois s’articule autour de quatre grandes thématiques : le quotidien, des idées de récit ou des esquisses d’œuvres à venir, de très subtils portraits (d’Uwe Johnson, Günter Grass, Christa Wolf, H. M. Enzensberger, Wolf Biermann…), et le désir de se faire une idée personnelle des rapports politiques et sociaux en RDA. En somme, il s’agit d’évoquer au plus près du réel ce qu’est sa vie d’écrivain s’installant à Berlin.
Passée « l’euphorie de penser rajeunir grâce à un nouveau lieu de résidence » Frisch se retrouve à observer la ville jumelle qui se trouve de l’autre côté du mur. Après les premiers contacts à travers la télévision est-allemande – « terrible simplification », « absence totale de doute productif » –, il a vite l’occasion de fréquenter Berlin-Est pour rendre visite à son éditeur et rencontrer de nombreux écrivains. En tant que Suisse, il n’a pas de problème de visa de passage, et peut témoigner de la situation : « beaucoup de gentillesse en général », « monotonie étriquée », « pays où tout le monde peut faire tomber tout le monde », communistes « absolument pas romantiques comparés à nos militants de gauche »… Constats, attitude interrogative – « De quels moyens le peuple, au nom duquel le pouvoir est exercé, dispose-t-il pour faire entendre sa voix ? » – et lucidité que l’on retrouve dans nombre de ses observations critiques comme lorsqu’il explique pourquoi dire de quelqu’un qu’il est « dépourvu d’humour » est toujours l’expression d’une antipathie, ou quand il remarque qu’« il y a ceux en présence desquels l’inspiration revient, ou du moins l’envie de faire des phrases, des phrases qui ne seraient pas toutes faites, qui surprennent encore jusqu’à celui qui les prononce ».
Et puis il s’interroge sur lui-même. Il est alcoolique et craint de perdre la mémoire, juge que son imagination décline, que ce qu’il écrit manque de corps, d’odeur, « d’ombre même »  : « Je ne la connais que trop cette involupté de ce que j’écris à présent. » Il regrette qu’entre écrivains, les « problèmes du travail littéraire » ne soient jamais abordés, revendique une littérature « qui bouleverse par ses questions », avoue que la gloire littéraire ne donne « ni consolation ni orientation ». Une forme de mélancolie que son rapport au présent qui se fond dans le passé, ne fait que conforter.

Richard Blin

Journal berlinois, de Max Frisch
Traduit de l’allemand par Camille Luscher,
Zoé, 224 pages, 18,50

Mettre sa vie en littérature Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°179 , janvier 2017.
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