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Égarés, oubliés Des sens à combler

avril 2017 | Le Matricule des Anges n°182 | par Éric Dussert

Auteure-phare de la littérature sentimentale d’après-guerre, Anne-Marie Desmaret s’est vu refuser l’accès à la notoriété post-mortem. Une injustice.

On ne voudrait pas peiner nos stars de la vente de masse, mais nous sommes contraints de les informer de la perverse attitude des scores commerciaux : ça ne sert à rien dans la durée. Si l’on considère ce qui est arrivé à Dekobra, Colette ou Soubiran… – voire, pour ceux que la Critique vouait aux Alpages, c’est-à-dire Mauriac, Montherlant et consorts –, tout ça est très lié à la temporalité, et la versatilité du public. Autre exemple : Marie-Anne Desmarest. Après les débuts tonitruants de son roman Torrents (Denoël, 1938), elle enchaîne après la guerre les best-sellers, au point que l’on dit d’elle qu’elle vend « un livre toutes les cinq minutes ». Soit plus de 105 000 livres par an… On en connaît qui aimeraient atteindre de tels sommets.
La littérature montra un peu de dureté néanmoins puisque le nom de Marie-Anne Desmaret, née During à Mulhouse le 17 mai 1904, disparut des histoires de la littérature dès sa disparition le 4 mars 1973. Comme elle avait fait dans le roman sentimental, personne ne se roula par terre en s’arrachant les cheveux pour pleurer avec ostentation son trépas. Et quelle injustice, pourtant, que ce dédain. Comment ne pas lui être reconnaissant, à elle qui sut révéler la « complexité des cœurs féminins ». Surtout qu’ « Avec ses personnages, nous faisons le tour du monde et le tour des passions humaines. Chacun de ses romans est un dépaysement et un enseignement pour ses lectrices qui attendent ses livres. Car la grande romancière montre la voie à ceux qui sont pris entre leur devoir et leur cœur. Elle prouve aussi que lorsque l’espoir demeure, le bonheur, un jour, peut surgir ». C’est du moins ce que racontait son éditeur.
Spécialisée dans le roman sentimental comme d’autres s’obstinent au roman policer ou au littéraire de haut vol, elle donna une trentaine de romans aux lecteurs et aux lectrices avant de se taire. Par un curieux de redondance, les dictionnaires de littérature populaire ne l’évoquent pas alors qu’ils le devraient, non plus que les dictionnaires de créatrices (pareil). C’est à se demander si elle n’aurait pas été élitiste et mâle ! Mais non, elle était femme et populaire, c’est indéniable.
Ses romans commençaient comme ça : « Accoudée à la fenêtre ouverte sur le ciel clouté d’étoiles, Thérèse revivait le film extraordinaire de ses dernières années : seule au monde du jour au lendemain, elle avait quitté son Alsace natale pour aller rejoindre en Afrique du Sud des parents qu’elle n’avait jamais vus. » On dirait du Jérôme Ferrari.
Et ils se terminaient ainsi : « Après un long hiver, après une tourmente, la terre desséchée semble tarie à jamais. Mais dans le sol, la semence attend le premier rayon de soleil pour accomplir l’éternel miracle du renouveau. » Et voilà du Malraux ! Toute la lyre en somme.
Bref, avec Delly ou Max du Veuzit, Anne-Marie Desmaret était le fer de lance de l’édition de romans sentimentaux dont la version destinée à l’élite s’intitulait plutôt Le Diable au corps, Nadja ou Belle du Seigneur. Dans son essai sur les Romans d’amour (Odile Jacob, 1988), Michelle Coquillat, universitaire et chargée de mission auprès d’Yvette Roudy, avait fait le point sur ce qui concourait à l’attrait du roman sentimental : psychologie de la soumission, physiologie de la défaillance, sociologie de l’oisiveté, mythologie patriarcale, etc. Elle s’interrogeait par ailleurs sur la légitimité de cette instance qui, comme le polar, n’échappait pas aux stéréotypes tout en dévoilant des aspirations intimes. Sécurité d’une part, violence de l’autre. Assujettissement navrant d’un côté, fantasme de meurtre permanent de l’autre… « Comme si nous ne pouvions avoir que deux obsessions : celle de la vie protégée, celle de la mort ».
Ce qui donne raison à Michelle Coquillat, c’est ce constat du 5 octobre 1945 (Journal agricole) : « Ce livre, sans énorme publicité et sans que la critique l’ait beaucoup honoré de son attention, est le plus gros succès de vente des dernières saisons. Il le mérite, car c’est un excellent roman et qui, de plus, peut être mis dans toutes les mains. Il a une autre qualité, celle de se passer dans des pays étrangers et pittoresques, la Hollande, la Norvège et l’Afrique du Sud. »
En ce qui concerne l’intrigue, voici le topo : « Un jeune docteur norvégien aime sa cousine depuis l’enfance. Celle-ci, fantasque, flirte avec un de ses amis. Désespéré, le jeune homme part pour l’Afrique du Sud et y emmène une jeune fille saine et honnête qu’il a épousée par le truchement des petites annonces. » On voit le potage. Ajoutez-y un frère jaloux comme un Sicilien et vous tenez le scénario d’une comédie italienne. Et de cet autre livre encore, le résumé : « Claire et Jacques vont-ils revivre la terrible passion de Roméo et Juliette ? » Allez, vous voyez bien qu’on touche à l’essentiel !

Éric Dussert

Des sens à combler Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°182 , avril 2017.
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