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Domaine étranger Libéré malgré lui

mai 2017 | Le Matricule des Anges n°183 | par Lionel Destremau

James McBride réinvestit, non sans humour et une bonne dose de rebondissements, l’histoire de l’esclavage aux États-Unis.

L' Oiseau du Bon Dieu

Henry Schackleford est un jeune noir d’une douzaine d’années vivant, comme l’essentiel des personnes de couleur du Kansas en 1856, sa condition d’esclave comme une destinée quasi évidente. Avec son père, barbier de son état, il suit la routine d’une existence dédiée au service de leur propriétaire blanc. Et hormis un caractère bien trempé et une certaine dose de culot pour son jeune âge, rien ne l’a préparé au bouleversement qui va se produire dans son petit monde. Un certain John Brown débarque en ville, précédé d’une réputation sulfureuse d’abolitionniste aussi légendaire que sanguinaire. Un point de vue politique qui n’est pas du goût de tous dans ces terres et qui va vite faire dégénérer une rixe, au cours de laquelle le père d’Henry meurt et lui-même se retrouve embarqué malgré lui à la suite de Brown.
Pris pour une fillette par l’illuminé révolutionnaire (en raison de la finesse de ses traits), revêtu d’une robe et d’un bonnet, Henry, devenu Henrietta, va vivre une foule d’aventures aux côtés de la bande de renégats dépenaillés qui écume les territoires de l’Ouest. Le lecteur va ainsi se retrouver baladé de sombres forêts en petites bourgades isolées et miteuses, en passant par un bordel et quelques raids sanglants, plus ou moins réussis, qui feront figure de micro champs de bataille. La troupe se constitue d’hommes qui, pour l’essentiel, ne sont pas des lumières… et notamment plusieurs fils de Brown qui obéissent aveuglément aux ordres de leur père, aussi contradictoires ou farfelus soient-ils. Car tout l’intérêt de cette pittoresque épopée (primée du National Book Award en 2013), dont le petit Henry est le témoin, est ce formidable mélange, sous la plume de McBride, de scènes cocasses (notamment un passage d’anthologie avec une bagarre générale à coups de flingues où chacun se tire dessus tout en riant et buvant), de discussions savoureuses (la gouaille du jeune Henry y étant pour beaucoup, sans compter les multiples dialogues de sourds entre protagonistes), de harangues délirantes (les sermons et prêches interminables de Brown qui mélange les saintes écritures avec tout ce qui lui passe par la tête), avec des actions violentes où l’absurde le dispute à la cruauté parfois gratuite.
Et si la verve de McBride nous emporte au fil du récit, nous faisant nous attacher rapidement à une foule de personnages hauts en couleur, le couple formé par le vieil homme et l’enfant permet de traiter de manière décalée, légère parfois, drôle bien souvent, des sujets beaucoup plus dramatiques de l’histoire des États-Unis. L’auteur nous décrit ainsi une période où tous les esclaves n’étaient pas dans une situation de maltraitance les poussant à se défaire de leurs chaînes, certains mêmes allant à l’opposé de « yankees » convaincus eux qu’il fallait leur offrir la liberté, y compris contre leur gré.
Le petit Henry/Henrietta n’a rien d’un héros, c’est même plutôt le contraire : sale gosse, peureux, menteur, prêt à s’enfuir à la moindre occasion, il cherche avant tout à survivre, quitte à accepter son déguisement. Son odyssée n’est pas un parcours initiatique classique à la Mark Twain, mais bien un calvaire semé d’embûches au terme duquel il aura perdu sa candeur.
Quant à John Brown, c’est une figure historique véritable, une sorte de mystique parti en croisade contre l’esclavage. Mais McBride n’en fait pas une légende particulièrement positive. Brown apparaît plus proche d’un fou de dieu, charismatique et dangereux, que d’un philosophe humaniste. Reste qu’il aura ouvert une brèche en se positionnant haut et fort comme abolitionniste, et alors presque seul contre tous, préparant ce qui allait se produire quelques années plus tard avec la guerre de Sécession. Lionel Destremau

L’Oiseau du bon dieu, de James McBride
Traduit de l’anglais (États-Unis) par François Happe, Gallmeister, « Totem », 476 pages, 11,50

Libéré malgré lui Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°183 , mai 2017.
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