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Théâtre La chasse à la vérité

juin 2017 | Le Matricule des Anges n°184 | par Laurence Cazaux

Dans une pièce aux allures de roman policier, Jonas Hassen Khemiri questionne notre peur de l’étranger.

L' Apathie pour débutants

Jonas Hassen Khemiri est un auteur suédois, né en 1978 d’une mère suédoise et d’un père immigré tunisien. Il raconte : « À la maison, nous combinions le suédois, le français, l’arabe et l’anglais, et j’ai un souvenir très vif de mon étonnement en découvrant que, selon la langue qu’ils parlaient, mes parents semblaient changer d’identité, de voix et de gestuelle. Ma mère en suédois était moins affectueuse que ma mère en français. Mon père en arabe était dix fois plus drôle et plus semblable à lui-même… »
Rien d’étonnant donc que la question de l’identité, de l’étranger, de l’immigré soit au cœur de son œuvre. Dans L’Apathie pour débutants, l’écrivain part d’un fait réel qui a bouleversé la Suède. « Dans les années 2000 en Suède, un grand nombre d’enfants sont mystérieusement tombés malades. Ils ne se nourrissaient plus, ne réagissaient plus, perdaient tout contact avec leur entourage (…). Ces enfants avaient en commun le fait que leurs parents étaient tous demandeurs d’asile, généralement en attente d’un permis de séjour ou avec déjà en main leur avis d’expulsion. Un mouvement de protestation est né en Suède pour tenter de convaincre le gouvernement de permettre à ces enfants malades de rester sur le territoire suédois, mais ils ont quand même été expulsés. Quel était ce phénomène étrange ? Les rumeurs étaient nombreuses : on insinuait que les enfants faisaient semblant d’être malades pour obtenir un permis de séjour. Ou que les parents empoisonnaient leurs enfants. Ou encore que les enfants étaient tombés malades à cause de la politique d’immigration de la Suède. » Cette question nous est posée : que révélaient toutes ces rumeurs sur nos pensées intimes et interdites ?
Jonas Hassen Khemiri va mettre en jeu un enquêteur. Et une voix, une figure magique que seul entend l’enquêteur. La voix représente toutes nos pensées inavouables ou non dites. L’enquêteur part dans une chasse à la vérité pour savoir ce qui s’est réellement passé avec ces enfants apathiques. En sept séquences qui font vivre une trentaine de personnages et se déroulent le temps d’un cycle de vie (les personnages principaux vieillissent tout au long de la pièce), nous assistons aux méandres de la pensée de l’enquêteur. Et à un long processus de dégradation : comment de belles idées solidaires s’émoussent, comment la compassion peut s’user, combien il y a un besoin de faire porter la responsabilité sur les autres. Quitte à changer de boucs émissaires, les fonctionnaires de l’Office de l’immigration, puis les politiciens, ou certains immigrés eux-mêmes. Jonas Hassen Khemiri montre la complexité de la réalité dans une pièce aux allures de polar qui n’arrivera pas à débusquer la vérité ou le coupable. Il montre comment les discours sont récupérés, déformés, amplifiés par la rumeur. Et comment la méfiance de l’étranger, la peur ou l’indifférence font partie de nos petites voix inavouables à chacun.
Car c’est bien chacun de nous que l’auteur interpelle, dans une fin qui est une mise en abîme. Lors de l’épilogue, les personnages se remémorent cette grande enquête sur les enfants réfugiés apathiques. « Et ça a aussi donné une pièce, non ? » L’enquêteur confirme. « Et cette pièce, on l’a vue. Pas vrai ? » Lorsque l’enquêteur demande ce qu’ils en ont pensé, les personnages hésitent un moment, puis se souviennent qu’ils l’ont bien aimée, enfin, ils croient… « Après on est sortis du théâtre/ Et on s’est dit : c’est vraiment bien que quelqu’un soulève cette importante question./ C’est vraiment bien que quelqu’un prenne position si clairement./ Ça va être vraiment agréable de boire un bon verre de vin ! » Et la voix d’appeler, sans que personne ne veuille l’écouter ou l’entendre : « AU SECOOOOOOOUUURS !!! »

L. Cazaux

L’Apathie pour débutants,
de Jonas Hassen Khemiri
Traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy,
Éditions Théâtrales, 84 pages, 12

La chasse à la vérité Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°184 , juin 2017.
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