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Domaine français Les chemins de la liberté

juin 2017 | Le Matricule des Anges n°184 | par Thierry Guichard

D’un récit très sensible où un enfant cherche à habiter l’absence de sa mère partie, Jeanne Benameur tire une réflexion sur le temps qui relie les hommes entre eux.

C’est un enfant seul qu’on suit. Muet quand il est avec les autres, habité d’une langue inconnue quand il est seul en forêt. Les « autres », c’est beaucoup dire. Les autres, c’est un père dont les poings serrés retiennent les cris. Une grand-mère recroquevillée sur un secret douloureux. Et l’absence d’une mère. « Chacun de tes jours sera adossé à l’absence » dit la voix narrative qui tutoie ainsi le gamin sans qu’on sache vraiment si elle émane d’un ange ou d’une conscience compassionnelle. Jusqu’à la page 100. Il y a un chien aussi qui accompagne l’enfant dans son errance à travers la forêt. Mais ce n’est pas vraiment un chien puisqu’il n’y a que le môme pour le voir ; c’est « un silence qui bouge dans l’air. Le silence du pelage ». Un animal venu de loin pour ouvrir au gamin un chemin dans le monde.
On devine qu’ils doivent être quelques-uns au village à l’appeler « le muet », ce garçon triste et solitaire. C’est qu’on est sur une terre rude, de brumes et d’arbres où quand un enfant se noyait dans la rivière, il y a peu, « les pères retournaient quand même travailler le lendemain ». Un jour le père, qui n’était pas encore père, a quitté ce trou du cul du monde pour la ville et son marché. Il y a croisé une romanichelle qui a lu dans ses mains et l’a soulagé d’un désir plus grand que lui. Il l’a ramenée le soir au village, à la maison, cette femme d’ailleurs dont la langue inaudible est restée dans la gorge. Sinon pour chanter. Femme de la route et du voyage, elle a mis l’enfant au monde, lui a donné cette capacité de voir les choses infimes de la nature et elle est partie. Laissant un fils déserté et un homme fossilisé autour de son désir à nouveau trop dur. Comment peut-on ainsi abandonner son enfant ? Peut-être partir est-il l’antichambre de la liberté…
Le môme, depuis, cherche en lui une langue si ancienne qu’elle n’aurait plus à dire le monde. Il marche comme on creuse des galeries souterraines à la recherche d’ancêtres étendus sous la terre grasse des bois. Il vagabonde en forêt le jour, revient le soir à la maison, se tait face au père qui va perdre sa raison dans le café du village. Sa grand-mère tente bien de le retenir dans ses bras, contre son ventre, en vain : l’appel de la forêt est une injonction intime trop forte qui le relie à la préhistoire de l’humanité.
Pour raconter cette histoire d’enfance et de mère absente, Jeanne Benameur ose l’utilisation d’une langue qui doit beaucoup à la poésie. Une langue sertie à des nœuds d’émotion et de sensibilité. La phrase semble se poser sur un édifice fragile, un fil de soie qui relierait le rêve au réel, le présent au passé le plus enfoui. Avec une grande délicatesse, la romancière fouille l’inaudible de la condition humaine, celle qui fait de nous des héritiers, d’une part, des géniteurs de l’autre sans que jamais le sens de notre présence ne nous apparaisse. C’est ce mystère d’être au monde que le récit interroge en réalité et il le fera, au final, dans la langue même de celle qui écrit et qui signe Jeanne Benameur la traversée qu’on vient de faire avec elle. Car la fiction, ici, est un passage : celui qui relie l’espace intérieur à ce qui se déploie devant nous. Une manière donc de garder en soi la vie de ceux qui ne sont plus et qu’on a aimés. Le « je » qui, après le « tu », le « il » et le « nous », vient s’emparer des dernières pages du livre est dès lors un « je » habité de tous les pronoms personnels. Universel donc.
T. G.

L’Enfant qui, de Jeanne Benameur, Actes Sud, 119 pages, 13,80

Les chemins de la liberté Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°184 , juin 2017.
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