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Domaine français Nids d’orages

septembre 2017 | Le Matricule des Anges n°186 | par Richard Blin

Dans un roman où tout est première fois, Yves Bichet élève l’initiation à la vie « réelle » à un haut degré d’intensité.

On connaît la passion du concret qui anime Yves Bichet, la façon dont chacun de ses romans nous dévoile une part de l’expérience humaine. Indocile, son onzième roman, s’inscrit dans cette lignée mais de manière plus traditionnelle puisqu’il se présente sous la forme d’un roman d’apprentissage ou de formation dans lequel le personnage principal se frotte au monde, apprend à le connaître et à s’y connaître au fil d’épreuves où il parfait son initiation affective tout en explorant la dissonance plus ou moins considérable entre son univers subjectif et la réalité objective d’un monde donné.
C’est ainsi que nous suivons Théodore au sortir de l’adolescence. Il a 18 ans et se rend régulièrement au chevet d’Antoine, son ami d’enfance revenu gravement blessé de la guerre d’Algérie. C’est la fin de l’été 1961. On parle beaucoup de l’attentat auquel a échappé le général de Gaulle, l’OAS multiplie les plasticages, Johnny Hallyday chante Retiens la nuit, Douce violence…, tandis qu’Antoine est toujours dans le coma. Tel est le contexte dans lequel Théodore va rencontrer Mila, une fille garçon de 21 ans, qui assiste son père dans le montage des grues, « sent le vent et les fruits », porte autour du cou une longue balafre qui descend vers la poitrine, et dont on apprendra qu’elle est la signature laissée par le « coup de foudre » qui la frappa l’année de ses 12 ans.
Avec elle, il découvre l’amour, le poids d’évidence des corps. Mais « à quoi bon jouer à l’amour » quand ne restent que quelques semaines avant l’incorporation puis le départ pour cette guerre qui ne dit pas son nom. Une perspective qu’il va tenter d’esquiver en essayant de fausser, maladroitement, les résultats des tests médicaux d’incorporation, comportement sanctionné par une affectation dans les paras. Peu avant, il a cédé au « commandement » et au « consentement » des peaux avec la mère d’Antoine, une veuve de guerre qui n’en pouvait plus de se languir dans le renoncement et les convenances. « Son audace est sidérante et c’est pour cela qu’il l’aime, qu’il lui répond… Pour son aplomb carnassier. Sa trahison de toute vie antérieure. » Confronté à l’amour et à la guerre qui frappent conjointement à sa porte, Théo décide d’ignorer son ordre de mobilisation et opte pour la clandestinité et l’insoumission.
Dès lors ce ne seront que péripéties et rebondissements sur fond de résistance civique, de filières d’exil en Suisse, de combat pour la reconnaissance de l’objection de conscience. Théo passe de l’espoir à l’abattement, puis de l’abattement au sexe et vice versa. « Privé de sa maîtresse, privé d’avenir et de premier amour, il a le sentiment que le sol se dérobe sous ses pieds. L’armée l’attend et les corps sont incertains. » En butte à cette brûlure qui jette vers le drame et la nuit, il mène une existence « à rebonds et à contrecoups », se démène dans un tourbillon où chaos et hasard, amour et coups de théâtre, ne cessent de s’entrecroiser. Aidé par l’« énergie ravageuse » de « garçonne indocile » qui caractérise Mila, il assumera ses choix, tout comme elle, bien conscient de la relativité absolue des choses en marge de la grande scène de l’Histoire.
Roman qui interroge les hommes et leurs lois, explore les lisières de l’ensauvagement et la mise en danger de soi dans un contexte où la guerre est le point cardinal autour duquel tout tourne, Indocile juxtapose les espaces émotionnels, use de l’ellipse comme d’un art pour nous plonger directement au cœur des choses, de cette brutalité inhérente au fait d’être dans le monde, c’est-à-dire d’exister pleinement.

Richard Blin

Indocile, d’Yves Bichet
Mercure de France, 272 pages, 19,80

Nids d’orages Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°186 , septembre 2017.
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