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Domaine étranger Mauvais garçon

septembre 2017 | Le Matricule des Anges n°186 | par Valérie Nigdélian

Puissant et tragique, le roman noir de Richard Krawiec explore les affres d’un enfant blessé dans un corps de géant.

Dans l’Amérique de Richard Krawiec les apparences sont trompeuses. Il y a ce qu’on voit de prime abord : les pavillons proprets qui abritent des familles sans histoires, les rues grouillant de gens affairés, une société saine, garante de l’ordre et protectrice. Mais derrière les façades rassurantes de la normalité se révèlent les fissures, les terreurs et la complexité d’une société fragile, et promise à l’effondrement. Quand le regard se fait plus attentif viennent alors les peintures défraîchies, les carcasses rouillées dans les jardins envahis de mauvaises herbes, les hommes mal rasés à « l’œil amer », les « femmes au visage tombant de désespoir », les « enfants aux yeux morts » – tout le cortège silencieux et invisible des laissés-pour-compte, des exclus, des inadaptés, dont Dandy, le premier roman de Krawiec, proposait déjà une délicate exploration.
Écrit à la fin des années 1980 dans un pays où le fossé entre riches et pauvres ne cessait de se creuser – on était alors sous Reagan, en pleine révolution conservatrice –, Vulnérables dévoile ces vernis lézardés et, sous la surface sans aspérités de vies plus ou moins convenables, calfeutrées derrière des portes blindées, les secrètes et obscures convulsions qui agitent les âmes.
Si Billy Pike remet les pieds dans la maison familiale désertée depuis des années – des années d’errance, de délinquance et de larcins en tous genres –, c’est parce que c’est à lui, la petite frappe, la brebis galeuse, que ses parents ont demandé protection : leur maison, cambriolée pour la deuxième fois, a été littéralement mise à sac, salie, souillée. Leur intimité profanée, violée. Soudain, les gestes a priori les plus simples – rentrer chez soi, y manger, y dormir – deviennent tout bonnement impossibles, marqués par une incommensurable angoisse que d’impromptus coups de fil anonymes ne cessent de réactiver à toute heure du jour et de la nuit.
Mais celui qu’on charge d’écarter la menace est un géant aux pieds d’argile, « un homme vide glissant vers le cœur de la nuit », « un château de cartes toujours debout mais qui menaçait de s’effondrer à tout moment ». Un géant à qui seuls l’éloignement, la fuite, la destruction, ont pu donner l’illusion de survivre. Un petit animal terrifié sacrifié sans sourciller, « à la fois bourreau et victime de (s)on sort », rêvant de faire jaillir de ses paumes des fils d’or pour sauver le monde. Un innocent « sale, furieux, coupable », irrémédiablement abîmé par la perversité des hommes, abandonné dans un univers sans repères, précaire, peuplé d’êtres immatures et irresponsables. Un lâche « noyé dans une vaste force océanique, palpitant de douleur et infinie », capable des pires atrocités : « C’est ça ma vie. Je vole des gens. Je leur fais comprendre que le monde n’est pas un endroit sûr. » Et c’est donc à celui que personne n’a su protéger, à cet être littéralement disloqué, que s’adresse l’injonction maternelle : « Je suis ta mère. Je t’ai donné la vie. À ton tour. » Obéir à cette injonction mènera Billy au naufrage (« En dessous de ma peau tout semblait se défaire, les cellules éclater et se diviser sans but »), sans que rien – et surtout pas lui – puisse lui permettre d’échapper à son destin.
Au-delà de la simplicité du fil narratif ou de la noirceur – qu’on peut juger parfois excessive – de certains de ses ressorts, l’art magistral de Krawiec, son souffle, son urgence, emportent le lecteur tout au long des quelque deux cents pages du roman. Descendant peu à peu dans ce puits sans fond qu’est Billy, Krawiec dit l’équilibre fragile, l’implosion toujours plus proche. Laisse affleurer les commotions brûlantes qui le broient. Retrace les tentatives désespérées de rachat, la soif infinie de douceur, les paroxysmes fiévreux de ses emportements, de ses silences, de son incapacité tragique à sortir, enfin, de « la boîte qu’était (s)on corps (…) contractée en un petit carré d’obscurité ». Pourtant sa seule chance de rédemption.

Valérie Nigdélian

Vulnérables, de Richard Krawiec, traduit de l’anglais (États-Unis) par Charles Recoursé, Tusitala, 226 pages, 20 

Mauvais garçon Par Valérie Nigdélian
Le Matricule des Anges n°186 , septembre 2017.
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