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Poésie À corps perdu

octobre 2017 | Le Matricule des Anges n°187 | par Richard Blin

Qu’elle joue d’un trouble étrange entre organique et linguistique, l’écriture de Constance Chlore ne se départit jamais de son goût de sommation totale.

L' Alphabet plutôt que rien

Neuf et inattendu ce qui prend forme dans la langue, ce qui se prononce du réel dans le nouveau livre de Constance Chlore. Succédant à Atomium (Atelier de l’agneau, 2013) – dont l’écriture plurielle, tout en spirales de vertiges sur fond d’inapaisé et d’inassouvi, faisait tourner la langue autour d’un rêve de monde ouvert au mouvant de l’incommensurable du désir –, L’Alphabet plutôt que rien donne corps à l’audace par quoi tout commence. Il conjugue l’énergie et le chaos des commencements à l’envie sauvage de chevaucher les temps, d’enjamber les espaces. « Je m’étends dans ce que j’ai perdu / (…) / Et je retiens ce qui s’ouvre pour ne pas reprendre la roue ». Un livre qui donne voix à l’expérience toujours dissidente d’aimer, de s’arracher à une étroitesse d’être au profit de réalités fauves et d’une liberté mûrie dans l’abandon des rêves.
D’où sa force éruptive, son désordre dionysiaque, ses séquences d’éblouissements. « J’apprends / L’Éblouissant Le Rythme et L’Éphémère ». Une forme étonnée de désir, libre, explorante, anime ces pages qui associent la palpitation amoureuse du sang – « Je suis mue / Vers ton œil qui règne / Je suis mue // et encore Nue. » – à l’étincellement du glaive tournoyant des orages guerriers. « Je suis née de tes mâchoires rouges / Dès le premier regard tout est torche / Nous portons la double hache dans nos prénoms assemblés ».
La perte, la déchirure, l’égarement, l’extase. « Les herbes s’étendaient en eaux sources, en eaux fleuves, en grandes / eaux transporteuses de flux, remous assourdissants / Glissades À toute vitesse Le sang fit le tour de tout mon corps / Pour oublier ton nom au mien mêlé / Pour endormir ma fièvre / Je n’ai rien vu / Non / Je n’ai rien vu / J’ai senti tant de mouvements / Me creusant / Me vidant / Tant de plaisir. » Tout est dit de l’amour : son inchangeable âpreté, sa violence – celle que désirent perpétuer l’un sur l’autre l’homme et la femme pour se posséder ; son animalité – « L’amour est aussi ancien que le chaos. (…) Accouplement et prédation, / est-ce la même chose ? » – et tout ce qu’elle incarne d’inconnaissable. « Je vais infiniment bas // Entre tes pattes : dis-le. Entre tes pattes. Jusqu’au mystère d’une transe / Dont l’imprévu s’éprend. » Mais aussi et surtout, ce qui dans l’amour met en mouvement, pousse vers de nouveaux rivages. « J’appelle Amour celui que / Tu nommes grand vent. »
S’éprendre, se prendre, se déprendre, faire du chemin, « ne pas vivre des états successifs mais leurs flux continus »  : être dans le mouvement. Comme si aimer revenait à marcher vers la mer, vers la matrice de tous les commencements, vers cette eau qui se lève et se baisse en poitrine respirante. L’amour comme rêve d’union à la respiration du monde, au « parcours lumineux et terrible des voyelles ». « Dans les cheveux de la mer / L’alphabet est apparu / et tout a changé ».
Cette sorte de métaphysique aussi spontanée que sensorielle, ces irradiations de la chair pensante en proie aux ensoleillements de l’instinct, Constance Chlore les énonce en variant sans cesse les rythmes, les formes, les tons, les options de mise en page, la présentation typographique, les trouvailles de ponctuation. Cette façon d’arracher à la langue la vérité des corps, de savoir que « par la phrase ce qui fut lié peut être défait », c’est choisir « l’alphabet plutôt que rien ». C’est rendre à la nudité d’être son nimbe de stupeur et à l’amour l’éclat qui tue sous la rosée du Don.

Richard Blin

L’Alphabet plutôt que rien,
de Constance Chlore
Éoliennes, 80 pages, 12

À corps perdu Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°187 , octobre 2017.
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