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Intemporels La soif du pouvoir

octobre 2017 | Le Matricule des Anges n°187 | par Didier Garcia

Avec Chaka, Thomas Mofolo (1876-1948) dresse le portrait d’un tyran sanguinaire, fondateur de l’empire zoulou. Sans complaisance.

Chaka : Une épopée bantoue

Les premières pages plantent sommairement le décor : nous voici en Afrique australe, et plus précisément chez les Cafres, autrement dit sur la côte orientale de l’actuelle Afrique du Sud. Puis Mofolo fait naître Chaka, personnage historique bien réel (1786-1828), dont il va nous conter l’ascension et le déclin.
Après une enfance difficile vécue loin de son géniteur (ses épouses l’ont contraint à abandonner ce fils illégitime), celui qui doit succéder à son père en tant que chef du clan choisit de quitter les siens « afin d’aller se perdre quelque part, d’errer à l’aventure, de disparaître en quelque endroit ignoré de tous d’où il ne reviendrait jamais ». Mais la providence jette sur son chemin un féticheur qui se charge aussitôt de son éducation. Grâce à certaines médecines et au seigneur des eaux profondes, qui se manifeste à lui sous l’apparence d’un serpent monstrueux, le jeune homme acquiert une force considérable, laquelle lui permet de tuer un lion ou d’arracher une jeune femme à la gueule d’une hyène. L’initiation de Chaka est une réussite (elle comporte son lot d’épreuves, qui ne sont pas sans rappeler celles qui rythment les romans de chevalerie). De vagabond Chaka devient souverain, puis chef suprême, obtenant enfin la souveraineté qu’il devait hériter de son père. Grâce à sa force il s’attire le respect de tous, et plus particulièrement l’admiration des femmes (dont il abusera sans vergogne), car le potentat possède « un physique d’une beauté remarquable  ». Ce sont des médecines ad hoc qui se chargent du reste, et notamment d’insuffler l’esprit de discipline absolue dans le cerveau des troupes.
Investi des pleins pouvoirs, il donne à son clan le nom de Zoulou (« céleste »), et sa vie tient désormais dans trois mots : « pouvoir, guerre, armées ». Nous le voyons alors s’éloigner de la vérité, régner sur son peuple par la terreur, devenir l’assassin de sa femme, de ses enfants et même de sa mère (pour être un « des souverains les plus grands et les plus exaltés », il n’hésite pas à tuer plusieurs dizaines de milliers d’hommes). Vient ensuite le temps des premières récriminations et des premières trahisons (le nombre de mécontents ne faisant qu’augmenter), lesquelles annoncent sa chute imminente. Ses deux frères complotent d’ailleurs contre lui et rêvent de l’assassiner…
C’est une Afrique haute en couleur qui accueille ce portrait en actes. Une Afrique où le malheur peut venir aussi bien des ténèbres, des sorciers que des bêtes sauvages, où l’on peut dialoguer avec les morts (Chaka retrouve ainsi son défunt père le temps d’une brève explication post-mortem), et participer à des rites ancestraux. Une Afrique fascinante, avec ses féticheurs, ses devins, ses voyants, ses légendes, et ses experts « dans l’utilisation pratique de racines et charmes de toutes sortes ». Une Afrique arrimée à ses croyances et à ses traditions, où l’on trouve encore une médecine appelée « la bouche qui persuade », dont les effets sont paraît-il miraculeux, et l’arbre de la sorcellerie, qu’il suffit de « placer près d’une demeure humaine, du côté d’où vient le vent, pour que périssent tous les habitants de cette maison ». Pendant toute la durée du roman nous évoluons dans un monde tellement étranger au nôtre que toute cette histoire paraît littéralement hors du temps.
Impossible par exemple de penser, au cours de cette lecture, que Chaka a été publié en 1925 (il est le troisième et dernier roman de cet écrivain du Lesotho, dont l’existence fut aussi discrète que l’œuvre – on sait seulement qu’il a passé une grande partie de sa vie avec les missionnaires qui l’ont éduqué), ou que le personnage historique a vécu à cheval sur les XVIIIe et XIXe siècles. Nous traversons ce roman totalement hypnotisés par cette Afrique tour à tour mystérieuse, séduisante et cruelle. Peut-être Mofolo a-t-il volontairement forcé le trait, lui qui, pour réaliser un portrait de Chaka tant soit peu éloquent (moins d’un siècle après la disparition de son modèle), a écrit une biographie romancée qui comporte des personnages inventés ainsi que des épisodes créés de toutes pièces (destinés à faire du récit « une épopée bantoue », comme l’indique d’ailleurs le sous-titre du livre). Le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne tient pas de l’hagiographie. Elle est même un portrait à charge, un réquisitoire contre le désir de pouvoir, qui mène invariablement au despotisme et au bain de sang. Voici donc un livre qu’il convient de ne pas ranger trop vite au fond des bibliothèques : notre époque peut toujours en avoir besoin.

Didier Garcia

Chaka, de Thomas Mofolo
Traduit de la langue souto par V. Ellenberger,
L’Imaginaire, 336 pages, 10,65

La soif du pouvoir Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°187 , octobre 2017.
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