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Poésie Journal d’une métamorphose

janvier 2018 | Le Matricule des Anges n°189 | par Emmanuelle Rodrigues

Dans la vacance de l’après-Mai 68, Daniel Biga se met au défi de chroniquer sa propre aventure poétique. Réédition.

Octobre : Journal

Écrit en 1968, et publié cinq ans plus tard, Octobre est un récit d’apprentissage, celui d’un jeune homme plein d’angoisse, et tout à la fois d’énergie de vivre, dont le désir est sans doute de vouloir écrire. Son ambition se double également de l’admiration qu’il voue à de nombreux écrivains ou artistes, qu’il voudrait peut-être égaler. Cependant, et son auteur le précise dans l’entretien qui figure dans cette récente réédition, il s’agissait là pour lui d’une démarche particulière : « j’avais l’idée de faire un journal, un exercice quotidien. Mais c’est un cas à part dans mon travail. Octobre reste une construction littéraire. » Et d’ajouter : « Octobre est totalement biographique jusque dans ce qui est faux et rajouté. » Ce journal que Daniel Biga a tenu en ces jours d’automne, et qui vient après Oiseaux Mohicans et Kilroy was here !, deux livres aux « poèmes explosifs », selon les mots de Valérie Rouzeau dans sa préface, se lit donc bien comme le récit de la naissance d’un écrivain. Dans une joute verbale ininterrompue, celui-ci s’interroge sur son désir d’écrire, s’imposant une sorte d’ascèse. Au long de ces pages, on retrouve une tension, une violente révolte, et un refus de tout conformisme. Cet autoportrait de l’artiste s’insère tout à la fois dans la description d’une société en pleine mutation. Né en 1940 à Nice, Daniel Biga qui a animé avec ses amis, Franck Venaille et Pierre Tilman, la revue Chorus, a signé une quarantaine de livres, dont en 1984, L’Amour d’Amirat, qui fut alors remarqué par Le Clézio. Influencé par le collage à la manière surréaliste, son univers est celui du fragment. Et pour le dire à sa façon, c’est là ce qu’il appellera « la poévie. On passe d’une chose à l’autre  », et ajoute-t-il, « je cherche une chose, un instant, un petit moment, et juste après je peux le casser et le contredire. C’est cette nécessité de contradiction qui pour moi apporte un plaisir d’oreille, un étonnement. Parce que s’il n’y a pas d’étonnement en poésie… »
Octobre nous replonge donc dans un moment douloureux, nourri de doutes, et d’une liberté encore à conquérir. « Je m’efforce d’écrire ce texte pour survivre », est-il noté à la date du 3 octobre 1968. L’inquiétude à l’œuvre dans ces pages, entraîne à contre-courant celui qui malgré tout tente ici de se débattre comme il peut. Et se demande-t-il : « dans une vie de difficultés matérielles où l’équation est dans le rapport temps-argent comment prétendre écrire… » Il y a parfois comme le sentiment d’une noyade. Ordre social, sexualité, travail et création artistique surgissent en toile de fond, et tout aussi bien, la peur de devenir fou, la tentation du suicide, l’échec amoureux, la précarité matérielle. Faire coexister l’écriture et la vie, tel est cependant l’enjeu de cette façon de se mettre en scène, dans un perpétuel conflit intérieur. Ainsi : « Je marche dans l’instant mais je me souviens Je marche dans l’instant mais j’espère JE NE SAIS PAS MARCHER DANS L’INSTANT ! Je marche dans le soleil mais hier il a plu je marche dans le soleil mais demain sera froid je m’inquiète et je marche déjà demain et je suis furieux car je ne sais pas marcher dans le soleil d’aujourd’hui ».
Vivre et écrire s’entrechoquent et tendent à se confondre : cette manière d’exposer des faits quotidiens, d’en faire la matière même de l’écriture, et cette volonté de témoigner d’un maximum de réalité, rappellent ainsi ce que Le Clézio a défini dans L’Extase matérielle, comme ce qui fonde toute quête poétique : approcher sa vérité par les moyens du langage, dans un désir de connaissance et de lucidité. L’aventure relatée ici, cette quête de soi se traduit parfois comme une sorte d’éducation sentimentale, esthétique et morale, mais aussi d’une certaine façon, politique, au ton parfois mordant.
Emmanuelle Rodrigues

Octobre, de Daniel Biga
Journal, suivi d’un entretien avec l’auteur, préface de Valérie Rouzeau, Éditions Unes, 112 pages, 19

Journal d’une métamorphose Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°189 , janvier 2018.
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