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Domaine français Être ou ne pas être dans le livre

février 2018 | Le Matricule des Anges n°190 | par Anthony Dufraisse

Schizophrénique et sophistiqué, le nouveau roman de René Belletto interroge la création littéraire.

Embarrassant roman que voilà. Comment bien vous en parler sans trop en dévoiler l’originalité ? C’est que le nouveau livre du productif et décidément très inventif René Belletto est digne de la plus sophistiquée des pièces d’horlogerie. Les connaisseurs de montres le savent : un boîtier est d’autant plus admirable qu’il abrite un jeu de mécanismes complexes – on dit complications dans le jargon. Tel est le cas d’Être. D’où notre embarras : à trop vous en dire, le suspens – car suspens il y a – s’en trouverait réduit et si on ne vous en dit pas assez, vous ne suivrez pas. Bon, tentons de nous en tenir aux seuls principes régissant cette histoire d’un homme qui, précisément, voudrait voir s’écrire… son histoire. Après Le Livre en 2014, Belletto se joue plus que jamais peut-être des règles qui structurent la composition d’une fiction réaliste. Trois cents pages durant il n’aura de cesse en effet de tisonner les conventions au nom d’une « envie impérieuse »  : « se transformer en mots, entrer dans une phrase ». Car tel est le défi relevé par Belletto et ses multiples doubles : atteindre à une « transparence du tissu narratif » sans basculer jamais dans l’incompréhensible. Au contraire : la lisibilité est le garde-fou de cette entreprise littéraire un peu folle. Les personnages – des hommes (Armand le gardien de musée, Miguel le peintre…), des femmes (Irène la traductrice, Nathalie la documentariste…) semblent se dédoubler dans un univers qui paraît n’obéir qu’aux lois de la scissiparité. Ethnologues de leur propre existence, ils évoluent de bout en bout dans un état de tension narrative. Entre jeux de miroirs déformants et mises en abyme, ce roman à suspens multiplie les perspectives, porté qu’il est par ce qu’on pourrait appeler une schizophrénie interne. À mesure que les personnages s’épaississent de mystère, les récits dont ils sont les héros et/ou les narrateurs, se croisent, densifiant toujours mieux la trame de l’histoire. « Voyez comme l’histoire avance, comme elle s’épaissit, rebondit, et tente par jeu de vous emberlificoter dans quelque fiction romanesque », fait remarquer, à un moment, Irène.
Par cette convergence progressive, ces effets de torsade et de chassé-croisé, Belletto s’ingénie à questionner le statut de l’auteur, du créateur. Dès lors, comment comprendre le titre ? Peut-être ainsi : Être désignerait l’effort permanent de l’écrivain pour faire exister quelque chose qui le dépasse dans et à travers le livre. Ou pour le dire autrement, sous forme d’interrogation cette fois : être dans le livre, s’y glisser, serait-ce la seule façon de vivre acceptable ou la plus sublime ? L’enchaînement irréversible des circonstances, en un mot la dramatisation, tient en haleine le lecteur qui se laisse volontiers prendre à un jeu complexe que ne renieraient pas, assurément, un Borges… ou des fabricants de labyrinthes, de poupées russes et, on l’a suggéré en commençant, d’horloges. Plusieurs formules avancées dans le roman par l’un ou l’autre des protagonistes peuvent d’ailleurs qualifier ce déroulement pluriel, multidimensionnel de l’histoire, cette sorte de dissociation proliférante : « pur jeu pervers de l’esprit », « enchevêtrement mental » et même, comme il est dit par un des personnages aimant particulièrement les jeux de mots, « enchevêtremental ».
Une autre clé d’interprétation nous est peut-être donnée par une citation de Raymond Chandler placée en tête d’un chapitre : « Je ne dirais pas que les fragments s’emboîtaient tous, mais du moins se mettaient-ils à avoir l’air d’appartenir au même puzzle ». Bref, le projet de Belletto est à tout le moins déroutant (et souvent drôle !) et s’il réussit c’est sans nul doute grâce à l’efficacité motrice de l’intrigue. Ferré et docilement manipulé, le lecteur ne cesse de se demander jusqu’où tout cela le mènera. Il ne sera pas déçu, qu’on veuille bien nous croire sur parole. Anthony Dufraisse

Être, de René Belletto, P.O.L, 287 pages, 18

Être ou ne pas être dans le livre Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°190 , février 2018.
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