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Domaine français Chronique d’un monde en voie de damnation

février 2018 | Le Matricule des Anges n°190 | par Richard Blin

À défaut de pouvoir sauver la langue, Richard Millet établit avec elle un rapport quasi mystique, aussi fervent et désespéré que son écriture.

Déchristianisation de la littérature

Il agace, il dérange, Richard Millet, alors qu’il ne fait que développer le sentiment d’une appartenance élective à un monde qui n’est déjà plus celui de l’esprit ; qu’il ne fait qu’exprimer son angoisse devant la décomposition d’un monde dans lequel il ne se reconnaît plus. Une véritable nausée que redouble, pour l’écrivain exigeant qu’il est, la disparition de la littérature au profit de la postlittérature, c’est-à-dire d’une littérature réduite au seul genre romanesque, au roman linéaire, consensuel, télévisuel, illisible à force de fadeur, de démagogie et de conformisme. Une production qui ne cesse d’incanter la doxa du métissage, de la transparence, de l’inclusion, du social, où tout se ressemble et qui ne croit qu’à l’immédiateté de l’authentique. Production interchangeable, insignifiante, de romans sans style, réduits à une fonction purement narrative, et portés par une langue parataxique, sémantiquement pauvre, sans appartenance nationale.
C’est contre ce processus continu de dévalorisation de la littérature, d’abâtardissement de la langue, que s’élève Richard Millet dans Déchristianisation de la littérature. C’est que, pour lui, le roman n’a rien à voir avec le divertissement mais relève plutôt du « couteau à graver, à diviser, à approfondir ». Déjà dans Désenchantement de la littérature (Gallimard, 2006) et dans L’Enfer du roman (Gallimard, 2010), il déplorait la mort d’une certaine idée de la littérature, victime de la décroissance culturelle et spirituelle d’un monde marqué par l’inversion des valeurs, le refus de toute forme d’autorité et l’appel à la dictature d’un consensus universel. Monde caractérisé par l’effondrement de la verticalité, le remplacement de la culture par le divertissement culturel, et où règnent les valeurs de l’immédiat, du ludique, du partage, autrement dit de tout ce qui nie l’invisible et le surnaturel. Une sorte d’éternel présent engloutissant toute idée de grandeur, de secret, de profondeur spirituelle sur fond de chute du christianisme.
Alors, c’est en irrégulier, en dostoïevskien absolu, en mystique littéraire qu’il s’exprime dans ce journal sans date qu’est Déchristianisation de la littérature. En écrivain, qui croit en la littérature comme il croit en Dieu, c’est-à-dire aux échelles de valeurs, à la transcendance, au châtiment, et à cet énigmatique rapport à la présence et à l’absence, qui est commun à la religion et à l’écriture. Quelqu’un pour qui écrire est le sacre de la langue, un acte de foi, une quête de l’absolu de cette langue – de ce qui s’y dérobe comme de ce qui y chante. Quelqu’un pour qui l’écrivain est une conscience absolue de l’histoire littéraire, et la littérature une substance héroïque, mystique ou obscure, une expérience intérieure, une connaissance par la perte et l’échec.
Richard Millet est cet écrivain pour qui écrire ne se peut ni dans l’humilité, ni dans la transparence mais comme « effraction du possible dans l’impossible », et ce dans l’épaisseur d’une langue dont il est l’héritier. Une langue qui ait le goût du secret, l’évidence hermétique du monde, « l’éclat d’une vérité qui sait la splendeur du terrible ». Un écrivain pour qui la littérature a à voir avec la lenteur, la perte, la mémoire, la mort, les vertiges du lointain, de l’absence, du perdu, mais aussi du sauvage, de l’insaisissable, de l’irrégulier. Parce qu’elle relève de « l’exception », d’une forme de « déplacement de franc-tireur, dans l’intenable, l’incommunicable, le paradoxe ».

Richard Blin

Déchristianisation de la littérature,
de Richard Millet
Éditions Léo Scheer, 240 pages, 16

Chronique d’un monde en voie de damnation Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°190 , février 2018.
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