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Poésie Missives de guerre

mars 2018 | Le Matricule des Anges n°191 | par Emmanuelle Rodrigues

Face à la destruction de son pays, l’Irakien Mazin Mamoory oppose la fulgurance de sa langue solaire autrement porteuse d’éclats hallucinés.

Cadavre dans une maison obscure

Cadavre dans une maison obscure révèle pour la première fois en français la voix de Mazin Mamoory. Celle-ci, haut et fort, s’élève en effet au-dessus du chaos dans lequel l’Irak est plongé, chaos défiant l’imagination et la raison. Avec d’autres écrivains comme lui originaires de la province de Babil, Mazin Mamoory a participé à des lectures performances filmées : se mettant en scène sur les lieux attestant de l’omniprésence d’une guerre interminable, les auteurs clament leurs textes au milieu de cimetières de voitures piégées, de champs de mines ou encore d’ambulances. Il y a dans les dix-huit poèmes ici rassemblés et remarquablement traduits par Antoine Jockey, une violente beauté, qui envoûte le lecteur. Car si le monde imaginaire de Mazin Mamoory est hanté par la mort, et enténébré de fantômes, de cadavres épars, et de paysages livrés à la désolation autant qu’à la misère, la langue dont il use est sans cesse comme érotisée, prêtant ses tournures surréalistes, son sens de la métaphore et du merveilleux à la louange de la nature, des éléments, de la terre, du ciel, de l’eau et de la lumière.
Tel Dante traversant l’enfer, nous passons les rives d’une réalité autre. Surgissent alors des paysages aussi immuables qu’antiques, livrés à un total abandon : au bord d’un fleuve, un arbre, une barque et un cheval mort suffisent à nous rappeler que les paysans ont dû délaisser les campagnes pour se faire soldats. À la manière de Picasso peignant les décombres de Guernica, surgit ici la description très abrupte de la guerre civile qui désintègre l’Irak. À ce tableau d’une extrême noirceur, se juxtapose une peinture aux touches magiques, où le merveilleux permet alors de renverser le regard et l’ordre des choses. Ces poèmes et leurs visions surréelles tentent à leur manière de conjurer la réalité mortifère de ce pays mis à feu et à sang. La mort omniprésente s’incarne sous différents visages, infiltrant la vie quotidienne, jusqu’à l’écœurement : « Chaque fois que les fantômes du passé et la mort nous rendent visite / La ville se vide comme si la guerre y était devenue licite / Rien sinon des animaux errants et des ordures flottant dans l’air  », ou encore : « Ici, en Irak,/ Je n’ai jamais vu d’autres rassemblements qu’autour des cadavres / On les entasse chaque jour pour les incinérer » puis : « l’œuf éternel de la mort émergeait de la terre collée à la feuille / qui planait sur l’aile de sa voix ». Ce n’est pas sans ironie que le locuteur de Mes sorcières fêlées, s’écrie : « Je ne perdrai pas ma vie dans ce désordre ». Le langage s’affirme bel et bien comme antidote au néant. L’écriture permet ce rebond : « J’attends toujours le lever du soleil pour me réveiller ».
L’imaginaire ici très inventif, est en mesure de rendre au monde, fût-il celui des choses inanimées, sa véritable intelligibilité : « Sur le fil tendu à l’arbre au bord de la fenêtre, l’oiseau se pose / Car il veut danser sur la mélodie du tronc ». À une réalité sans aucun doute traumatique répond cette parole poétique qui se réapproprie la plénitude du monde : animaux, plantes, forces telluriques et célestes, retrouvent ici leur place solaire. Ainsi est-il question dans Été irakien, de « la robe des ténèbres » qui finit par être toute « rapiécée », et peut-on lire également : « À une heure de l’après-midi le soleil me colle au dos / me pétrit la tête telle une glace qui coule sur la main / d’un enfant / Je m’arrache la peau / Et me tiens perplexe sous la cascade du soleil ». C’est au prix de cette violente traversée d’un monde fortement obscurci que se reconquiert ici une langue sublimée, voire une érotisation du langage. De cet amour des mots, naît une parole qui ne meurt pas, et qui est telle la « demeure où nous nous réfugions ».

E. Rodrigues

Cadavre dans une maison obscure,
de Mazin Mamoory
Traduit de l’arabe (Irak) par Antoine Jockey, Lanskine,
52 pages, 12

Missives de guerre Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°191 , mars 2018.
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