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Histoire littéraire Quotidiens engluants

mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Éric Dussert

Romancière subtile mais timide, Marie-Louise Haumont a laissé trois romans et quelques récits où la Femme s’interroge.

Marie-Louise Haumont n’était pas tombée de la dernière pluie lorsque le jury Femina lui attribue son prix à l’automne 1976. Ex-journaliste à Combat, elle avait presque atteint le terme de sa carrière professionnelle. Comme le dit l’un des personnages que rencontre sa narratrice au cours du Trajet (Gallimard), « J’ai connu des gens célèbres, vous savez. » Née le 19 janvier 1919 à Woluwé-Saint-Lambert, elle est élevée à Mulhouse puis à Bruxelles et se montre attirée par la littérature. Elle enseigne un peu mais c’est écrire qu’elle souhaite. Elle se tourne donc au cœur du bouillonnement de l’après-guerre vers le journalisme. En se rendant à Paris, elle envoie quelques lignes à Combat qui les publie aussitôt. On est en 1957. Elle va rédiger des chroniques et des reportages, puis elle s’occupe des pages télévision jusqu’en 1963-1964. La vie est belle à Combat, les journalistes s’y sentent libres mais le confort matériel n’y est pas optimal… Avec Jacques Mourgeon, qui deviendra son mari, elle fonde pour la Ligue française de l’Enseignement le magazine Télé-Revue (automne 1957). L’aventure est brève, mais Marie-Louise Haumont se trouve grâce à elle en contact avec le service des publications de l’Education nationale qui devient son pourvoyeur de besogne.
« Madame Clède qui fut longtemps correctrice au service des publications du Centre trace dans l’air un grand deleatur. (…) Elle dit cela d’une voix ténue, comme si ce n’était pas tout à fait son droit de fréquenter ces gens-là et pour un peu on croirait qu’elle ment. Elle est pourtant en dessous de la vérité ? » On ne tentera pas de plaquer la biographie de Marie-Louise Haumont sur celle de ses personnages. En particulier parce qu’elle leur choisit des métiers dont elle ignore tout (couturière, documentaliste, comédien). Son sujet : le conditionnement social, l’influence de l’automatisme quotidien sur nos pensées et comment il constitue pour certains « abri et refuge ».
Professionnellement, elle écrit, c’est acquis. Notamment parce qu’elle monte pour la télévision avec son mari des adaptations (Flaubert, Larbaud, Renan). Elle prépare aussi son premier roman, Comme ou La journée de madame Pline. Son incipit appartient au panthéon des premières phrases : « L’amour de madame Pline pour son mari ressuscite chaque jour vers dix heures. » Raymond Queneau apprécie le livre. Le roman paraît en 1974 chez Gallimard. C’est l’histoire de Suzanne Pline, une couturière de Senlis qui a l’âge de l’auteur. Exerçant un métier de repliement, elle s’enferme dans le passé de sa famille, fabriquant lors de flash-back une lignée jusqu’à l’époque de Waterloo. Cette manie de composer avec sa vie imaginaire est le propre de Marie-Louise, qui, méticuleuse, prend toutefois note des mutations sociales qui touchent les femmes tout spécialement.
Sans intention féministe, la romancière donne Le Trajet deux ans plus tard. Là encore, elle souligne l’aliénation collective en évoquant le monde du travail, cette part des vies volées au salariat où le hasard peut faire tant de choses. Son roman, explique-t-elle, a une origine bénigne : « J’étais en retard pour prendre mon car. J’en ai pris un autre. La lumière était tellement différente ce jour-là dans ce car inconnu, le monde était tellement changé… Je me suis dit que ce fait dérisoire pouvait bouleverser une vie ». Proustienne sans doute, la femme mûre évoque quatre jours d’une crise existentielle profonde.
Troisième romancière belge après Dominique Rolin et Françoise Mallet-Joris à obtenir le Femina, elle va rester sur cette note bleue, même si un nouveau roman, L’Éponge paraît encore en 1981. Un comédien trouve dans l’art dramatique un substitut à la vie comme ses héroïnes se plongent dans la rêverie pour exister pleinement. Sans grand effet. Il est probable que la voix d’une femme faisant parler des femmes était tout ce que l’époque voulait entendre. Marie-Louise Haumont le fait très bien et montre un goût certain et par la phrase et pour l’universel. Son modèle : les auteurs du XVIIe siècle « si on leur ajoute du baroque. Car c’est une époque qui a châtré beaucoup de choses. Hélas, Malherbe vint ! »
L’œuvre de Marie-Louise Haumont n’est pas profuse. Le manuscrit inédit d’un quatrième roman ne paraît pas après son décès le 17 février 2012. Restent quatre textes courts, Un si petit royaume, suivi d’Une à une, les marches (Abacus, 1995) et Une nuit à San Martin Pinario, suivi de Le Dernier Tango de Tobie Stern (La Crypte, 1999). Mais il faut souligner une part très touchante de ses écrits : les superbes préfaces qu’elle offrait aux lauréats du prix de la Crypte. Ce prix célébrait un jeune poète jamais édité. Éric Sautou et Valérie Rouzeau par exemple. Les préfaces de M.-L. Haumont révèlent une lectrice délicate, gracieuse, aussi charmante que la romancière qui s’attaquait à la « glu du quotidien » (G. Guillot).

Éric Dussert

Quotidiens engluants Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
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