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Poésie Mainardi’s show

septembre 2018 | Le Matricule des Anges n°196 | par Christine Plantec

Lapidaire et inspiré, ce nouvel opus d’un parcours atypique a la chaleur irradiante d’un bouche-à-oreille.

Le Degré rose de l’écriture

Sur le toit du Petit Palais de Nice, on a vu une femme vêtue d’une chemise bleu magnétique brandir un panneau lumineux sur lequel figurait le texte : « Je porte la chemise de Michelangelo Antonioni ». On a pu voir la même femme, debout sur un socle tournant, chanter en italien La bambola et manquer de s’étrangler avec le fil de son micro. Elle encore qui, dans une galerie d’art, susurrait d’oreille en oreille cette phrase toute magritienne, légèrement modifiée : « Cécile n’est pas une pipe ». Peut-être aurez-vous reconnu celle qui depuis vingt-cinq ans et dix livres ne cesse d’interroger avec élégance, intelligence et distance amusée les apories du langage et de l’expérience vécue.
Le Degré Rose de l’écriture joue de variations autour de l’ekphrasis : procédé consistant à décrire une œuvre d’art réelle ou imaginaire et qui, par extension, devient un discours détaillé et vivant d’une personne, d’un objet, d’un lieu… L’auteure quinze fois s’approprie la figure de rhétorique, s’en amuse et s’en éloigne pour mieux y revenir. Dans « Messe pour un mot », happening consistant à distribuer des hosties poinçonnées des six lettres du mot « Vierge » à des communiants volontaires, elle déclare « ce ne sont pas les lettres qui m’importent, c’est le mot. Le mot qu’il m’importe de leur faire ingurgiter, et d’ensevelir dans leurs corps. Faire disparaître le corps du lu dans le corps du lecteur »… Débordant son territoire d’origine (à savoir le livre), le mot se fait forme et effectuation d’un désir, celui d’un devenir-artiste dont Mainardi nous relate la fortuite émergence. Anodine et clownesque, cette scène où l’écrivain rentre chez elle et découvre au sol un poster qu’elle connaît bien, figurant son père avec Yves Klein en kimono dans une prise de judo, photo souvent reprise et devenue culte. « La chute de la chute » en somme. « C’était donc à mon tour, songeai-je, sans plus l’ombre d’un doute, de maintenant comme artiste me relever ». Aussi, le lecteur est invité à réévaluer toute l’œuvre passée de l’auteure à l’aune de cette nouvelle perspective artistique.
Le Degré Rose de l’écriture est une plongée au cœur de l’acte de création : non seulement on « assiste » aux performances mais on accède aux coulisses de leur élaboration. Mainardi donne à voir l’envers et l’endroit du travail comme les deux faces d’une même réalité esthétique ; à l’instar du paternel kimono que, dans une ultime performance, l’artiste endosse, macule de peinture bleue puis découd et ramène à l’état de patron en donnant « du vêtement la vision de face et celle de dos ».
En couverture du livre, Cécile Mainardi embrasse les lèvres d’une statue. Preuve par l’image d‘une de ses performances (la quinzième) même si rien ne nous assure qu’il s’agisse d’une des dites statues de la Villa Medicis, ni que ce baiser ait été accompli autant de fois qu’il y a de statues dans la villa romaine, à savoir 666 ! Et peu importe car il s’agit ici moins de dire la vérité que de produire les conditions d’une expérience consistant à se « livrer à l’espace sans cesse ouvert de son accomplissement ».

Christine Plantec

Le Degré Rose de l’écriture,
de Cécile Mainard/i
Collection Ekphrsis, 50 pages, 7

Mainardi’s show Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°196 , septembre 2018.
LMDA papier n°196
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