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Théâtre Faire silence

octobre 2018 | Le Matricule des Anges n°197 | par Laurence Cazaux

Françoise Dô construit une histoire de mots coincés au fond de la gorge.

Un aparté au théâtre, c’est ce qu’un acteur dit à part soi et qui n’est entendu que par les spectateurs. Une sorte de confidence. Ou bien ce sont des paroles échangées à l’écart. Françoise Dô nous raconte d’emblée que sa pièce traite des paroles à part, des paroles cachées, des non-dits. Des choses que l’on cache aux autres ou que l’on n’arrive pas à s’avouer soi-même.
Le point de départ d’A Parté est simple. Nicole et Stéphane sont séparés depuis quelques mois. Nicole a un nouvel amoureux, Chat. Mais Stéphane n’accepte pas la séparation. Alors quand Nicole va revenir dans la région, son désir de la reconquérir va devenir obsessionnel.
La première séquence de la pièce nous place dans une scène d’amour physique entre Nicole et Chat. Nous sommes dans la tête de la jeune femme. Avec tous ses commentaires sur le déroulement de l’acte sexuel, commentaires ponctués de petits détails qui apparaissent comme des éraflures : la piscine qui lui sert à oublier nous ne savons pas encore quoi, le fait de vouloir renaître, un rire trop explosif, le corps qui a du mal à se laisser aller. La séquence se termine par : « Je peux donc être heureuse. J’ai eu raison de quitter Stéphane. J’ai eu raison de revenir ici. De cet homme-là je veux un enfant. » La demande d’enfant sera tellement présente tout au long de la pièce qu’elle laisse entrevoir une douleur, comme la demande de réparation d’une blessure.
La deuxième séquence est un monologue de Stéphane. Il se remémore le jour où le couple est allé annoncer à la mère de Stéphane que Nicole est enceinte. « Mais ce jour-là, elle n’attend pas dans le salon comme maman demande à chaque fois » se souvient Stéphane. Nicole ouvre la porte du salon, nous ne savons pas ce qu’elle voit, mais cette ouverture déclenche une fausse couche. Un silence de plomb s’installe après ce double événement. « Tous les jours qui suivent je la regarde avec attention Nicole me fixe elle me regarde elle ne dit rien. “Parle-moi.” On dirait qu’elle n’a gardé aucun souvenir de ce qu’elle a vu. Elle est tout pour moi. Je suis tout pour elle. »
C’est ce silence de plomb autour duquel Françoise Dô va tourner. Un silence qui est présent dans la mise en page du texte. Et surtout dans la langue, avec ses temps de suspensions, ses hésitations, son manque de fluidité.
Le malaise pointe à travers les mots. Ainsi les pensées de Stéphane tournent en boucle, il ressasse : « Nicole est la seule femme que j’ai rencontrée qui est mieux que ma mère ». Ou « Elle est tout pour moi, je suis tout pour elle ». Nicole, elle, a les pensées qui s’entrechoquent, avec des envies de crier et cette gorge nouée. Et ce doute persistant : « je peux peut-être essayer de vivre ».
À la première lecture, le lecteur est pris dans le mouvement imposé par Françoise Dô, un mouvement que l’on sent dangereux. Puis l’on se met à apercevoir les béances et les mensonges. Les doutes repoussés sous le tapis, les petites phrases qui dérapent et sonnent comme des alertes mais que les personnages se forcent d’oublier. On mène une sorte d’enquête autour de ces non-dits. Et nous percevons petit à petit l’endroit de la destruction, l’endroit du secret inavoué et du tabou.
La dernière séquence de la pièce va être celle d’une tentative de dialogues entre Nicole et Stéphane, pour sortir de cet A Parté. « … Attends. je veux juste te parler », dira Stéphane. Mais dans la tête de Nicole, il y a ces mots qui tournent « Je n’ai pas envie d’essayer de vivre. Je ne veux pas parler de ce que j’ai vu. Je ne sais plus crier. Il faudrait que je crie ? » Et nous basculons dans le tragique du fait divers. Françoise Dô a essayé de redonner des mots là où le silence fait des ravages. On est touché par ce texte qui tente de décrire ces moments où tout dérape.
Laurence Cazaux

À Parté, de Françoise Dô
Tapuscrit Théâtre ouvert, 62 pages, 10

Faire silence Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°197 , octobre 2018.
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