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Domaine étranger Crimes et châtiments

octobre 2018 | Le Matricule des Anges n°197 | par Camille Cloarec

Immersion terrible et tristement réaliste dans une prison pour femmes aux États-Unis, par la romancière Rachel Kushner.

Romy Leslie Hall, détenue W314159, couchette du bas de la cellule 14, unité 510, cour C, prison de Stanville, Central Valley, Californie. Telle est désormais l’identité de celle que sa mère avait nommée en l’honneur « d’une actrice allemande qui avait déclaré à un braqueur de banque, dans une émission de télé, qu’il lui plaisait énormément ». Romy, ancienne strip-teaseuse et jeune maman, a tué son aspirant trop maniaque, Kurt Kennedy Le Pervers, vieil homme à canne (circonstance aggravante) qui la harcelait depuis des mois. Jugée coupable, et condamnée à la perpétuité, elle se raccroche pourtant à son fils, Jackson, dont la vie continue sans elle.
Autour d’elle, « cette galerie de gens » indiscutablement inoubliables, aux passés troubles et aux fautes variables, plus ou moins torturés. Il y a la force de Conan le transsexuel, relégué malgré tout dans cette gigantesque prison de femmes. La célébrité de Betty La France, se noyant dans les billets de banque après le meurtre de son riche mari, orchestré avec la complicité d’un flic crapuleux. La bipolarité de Laura Lipp qui, conformément à l’adage « les Blanches vont en prison soit pour infanticide, soit pour conduit en état d’ivresse », a étouffé son bébé. La détresse de Gordon Hauser, leur nouveau professeur. Autant de personnes aux destins cabossés, qui se lèvent chaque matin et se couchent chaque soir avec la même misère.
Le milieu carcéral possède un nombre infini de codes. C’est une sorte de microsociété, au cœur de laquelle se jouent des enjeux de pouvoir et de domination. La plupart des détenues viennent de San Francisco, ville où « le mal surgissait du sol ». Leurs peines sont liées aux affaires de drogue ou d’escroquerie, parfois à des meurtres. Tant que l’on n’est pas « balances » ou « infanticides », les relations sont à peu près apaisées. Une hiérarchie se met pourtant en place entre les différents types de condamnation, propulsant les pitoyables habitantes du couloir de la mort, lesquelles passent leurs journées à tricoter des couvertures qui finiront à la poubelle, au statut de véritables icônes. Les clans des autres, celles qui ont l’espoir de sortir un jour, sont intimement liés à leurs origines.
Si Romy Hall fait partie de ces dernières, elle est pourtant proche de Sammy Fernandez, une Latino enlisée jusqu’au cou dans des trafics de drogue dont les conseils l’aident à supporter ces journées d’isolement. Elle se remémore le Mars Club, où elle travaillait, un des clubs les plus infâmes de la ville : « Quand on avait pris une douche, on avait un avantage concurrentiel. Avec des tatouages sans fautes d’orthographe, on était très demandée, et si on n’était pas enceinte de cinq ou six mois, on était la nana de la soirée. » Elle se rappelle avec nostalgie San Francisco, où elle ne pourrait « jamais y avoir un avenir, seulement un passé ». Et, surtout, elle pense à Jackson, confié à sa mère depuis son arrestation. C’est donc un drame quand elle apprend, au détour d’une convocation officielle sans guère de tact, le décès de celle-ci.
Rachel Kushner livre un récit très documenté sur les conditions d’incarcération aux États-Unis, qui n’a pas peur de s’attarder sur les aspects les plus sales et les plus révoltants des prisons pour femmes. La corruption du personnel, bien souvent masculin et misogyne, tout autant que le traitement inhumain des détenues sont ouvertement dénoncés. Une femme accouche sans aide médicale, une transsexuelle est battue à mort sans intervention des autorités. Tel est donc le quotidien à Stanville, prison fictive qui ressemble trait pour trait à tant d’autres. De l’avocat alcoolisé qui la défendait au manque de pitié inouï des services sociaux qui s’occupent de son fils, Romy Hall a expérimenté tant de malchance qu’elle est prête à tout pour en sortir. L’injustice d’un tel système est criante. D’autant plus que, comme le souligne Gordon, personne ne mérite d’être traité(e) ainsi. « Peut-être d’ailleurs que la culpabilité et l’innocence ne constituaient pas le bon axe d’analyse. Les choses tournaient mal dans la vie des gens. »

Camille Cloarec

Le Mars Club, de Rachel Kushner, traduit de l’anglais (États-Unis) par Sylvie Schneiter, Stock, 480 pages, 23

Crimes et châtiments Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°197 , octobre 2018.
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