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Domaine étranger Une révolution par le jeu

octobre 2018 | Le Matricule des Anges n°197 | par Blandine Rinkel

Pourquoi vivre, si ce n’est pour en rire ? C’est la question que posait déjà Luke Rhinehart avec L’Homme-dé, et que réitère Invasion, satire SF joyeusement anarchisante.

Vivre de hasard et d’eau fraîche, c’était le gimmick de Luke Rhinehart, avatar fictif de George Powers Cockcroft, auteur de L’Homme-dé (L’Olivier, 1995). Dans ce roman semi-autobiographique, un psychiatre déjouait sa dépression latente en jouant sa vie aux dés. Qu’adviendrait-il de nous si chacune de nos actions se voyait dictée par le hasard ? Tel un enfant abandonné dans les vastes allées d’un supermarché, sans doute commencerions-nous par nous perdre – et puis par nous réinventer. Ainsi de Cockcroft, qui avant d’être le narrateur du jeu de dé en fut l’expérimentateur déboussolé.
Fin 1960, âgé de la trentaine, ce dernier fait de sa vie une partie de blackjack : sur un campus hippie où il enseigne la psychologie, il expérimente un quotidien en roue libre et tient le journal de ses efforts pour tout devenir sauf quelqu’un. « Être quelqu’un, voilà le merdier. Moi je veux être l’écrivain secret, l’ami qui éprouve de la compassion, le compagnon spirituel. Être quelqu’un cela oblige à produire, coûte que coûte. La liberté doit signifier liberté de puissance tout autant que liberté d’échouer, de fainéanter, de ne rien faire et n’être personne et se sentir bien comme ça ». La liberté de n’être personne, c’est surtout pour George la liberté d’être tout un chacun. Et comme choisir c’est renoncer, autant jouer sa propre vie aux dés – ce qui amènera l’auteur à s’exiler au Mexique pour écrire le livre du même nom. Bible de la contre-culture, L’Homme-dé rencontre un succès colossal. Pour ne pas s’y laisser enfermer, son auteur change radicalement de cap. À partir de 1975, les dés sont rangés au placard et Luke Rhinehart s’attelle à une dizaine de livres tout autres : SF post-apocalyptique, roman d’aventures de trois samouraïs-poètes, érotisme décomplexé chez les hippies… Aucun ne sera plus jamais traduit en français. Jusqu’à ce que les éditions Aux forges de Vulcain s’en mêlent. Commençant, donc, par la publication d’Invasion, dernière fiction en date. Dans celle-ci, des Aliens d’un genre nouveau – boules poilues dotées d’une intelligence autrement supérieure à la nôtre – débarquent sur les plages de Long Island avec une mission en tête : jouer. Nager, changer de forme, blaguer, se déguiser, hacker des ordinateurs, blanchir de l’argent, bref, s’amuser autant que possible de sorte à pirater l’esprit de sérieux des humains. Ce qui, pour les autorités américaines, confine bien sûr au terrorisme. Avec toutes les poursuites qui s’ensuivent. 
Successivement racontée par Billy Morton, vieux pêcheur sympathique de Long Island ayant adopté un des extraterrestres, par son épouse Carlita ou encore par des agents de la National Security Agency, l’histoire de cet envahissement rebondit au moins autant que les ballons poilus qui en sont les acteurs principaux. Ceux-là mêmes qui déclarent vouloir «  transformer une culture qui domine la vie de tous les êtres humains depuis des siècles. Tout le monde pense qu’avoir un but sérieux dans la vie est nécessaire pour être un bon être humain. Nous, on croit savoir que bien jouer est ce qui est vraiment essentiel  ».
 Et si les enjeux vitaux de cette invasion paraissent moins directs qu’ils ne l’étaient dans L’Homme-dé, si l’action semble plus divertissante, il ne faudrait pas s’y tromper pour autant. Le propos de Luke Rhinehart reste inchangé : il s’agit de nous rappeler au détour d’un clin d’œil que « l’esprit de sérieux est une maladie  », que l’imagination est fondamentalement subversive puisqu’elle remet en question l’ordre du monde et que l’humour, comme le jeu, demeurent des armes sous-exploitées – des armes solaires dont chacun dispose et devrait s’emparer.


Blandine Rinkel

Invasion, de Luke Rhinehart
traduit de l’américain par Francis Guèvremont
Aux forges de Vulcain, 529 pages, 22

Une révolution par le jeu Par Blandine Rinkel
Le Matricule des Anges n°197 , octobre 2018.
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