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Domaine français Le conteur des chimères

janvier 2019 | Le Matricule des Anges n°199 | par Richard Blin

Mariant le mouvement de la recherche et la joie de la découverte, Gérard Macé à inventé une poétique de la trouvaille et de la rêverie critique.

Souple, claire, musicale, fidèle au rythme intérieur qui la dicte, la phrase de Gérard Macé donne voix et corps au mouvement même de la connaissance en sa quête aventureuse. « Je cherche un accord imprévu dans le bruit du monde, une coïncidence à défaut d’une rime. Je cherche une assonance ou un éclair. » Dans la matérialité du monde, dans les signes qui lui donnent sens, dans les livres, les voyages, la vie – et par les chemins de traverse du songe ou les associations obliques de la mémoire – il cherche l’écho, l’analogie ou l’enjambement qui lui ouvrira la voie vers des pensées nouvelles ou lui permettra de saisir ce qui relie l’origine et la fin, l’ici et l’ailleurs, le passé et le présent, l’identité et l’altérité, la lecture et l’écriture. À l’écart des genres, et à la manière des colporteurs qui, outre leur bric-à-brac d’articles hétéroclites et de savoirs dépareillés – almanachs, livres, brochures illustrées, gravures populaires – portaient aussi la bonne parole et les dernières nouvelles, l’œuvre de Gérard Macé recueille la mémoire dispersée d’une littérature révolue et propose un usage du monde articulant les héritages secrets et les filiations traversières à ce qu’il est encore possible de sauver d’une Tradition aujourd’hui émiettée.
Ni cabinet de curiosité ni musée imaginaire, mais fruit des trouvailles d’une curiosité nomade, cette nouvelle édition revue et augmentée de Colportage rassemble les trois volumes parus en 1998 et 2001 : Lectures  ; Traductions  ; Images. Consignées sous forme de courts essais dans l’esprit de Montaigne, les lectures qui composent la première partie nous font voyager d’un siècle à l’autre, d’un territoire à l’autre, passer de la Chine de Segalen à l’Abyssinie de Rimbaud ou à l’île de Prospéro. Lire, chez Macé, c’est confronter la bibliothèque au réel, mettre au jour des passerelles secrètes entre hier et aujourd’hui. Ses lectures – de Baudelaire, de Joubert, de Balzac, de Lewis Carroll, de Mandiargues, de Louis-René des Forêts, de Tardieu, de Starobinski, de Caillois, de Ponge… –, il les met en scène, nous montrant comment, en s’arrêtant à telle notation, tel instant singulier ou tel détail cristallisant un désir, il découvre ce qui noue l’intime et la connaissance, ou distille un savoir secret. L’intérêt de cette manière de lire poétiquement – qui ne fait pas le partage entre la saveur et le savoir – et de cette façon de privilégier la monstration sur la démonstration, nous donne à entendre à neuf, les textes lus. Mais ces lectures disent aussi des reconnaissances tout en proposant une sorte d’inventaire de la littérature comme milieu de mémoire, à la fois collectif et singulier.
Ce ton et cette démarche, on les retrouve dans la deuxième partie réunissant un choix anthologique de traductions de huit auteurs italiens, de Dante à Mario Praz. Car traduire, c’est encore voyager, faire l’épreuve de l’étrangeté, qui permet d’explorer une part insue de soi. Traduire, c’est lire « avec un peu plus de patience que d’habitude, et avec un crayon à la main pour écrire entre les lignes ; c’est imiter sans les avoir vus les gestes de l’auteur, et retrouver sa voix, déformée mais tout de même reconnaissable ».
Un goût du détour et du décentrement qui passe aussi par l’amour des images, auxquelles est consacrée la dernière partie. À travers la photographie, le cinéma, la peinture, les arts et traditions populaires – auxquels il rend leur éclat poétique – Gérard Macé interroge l’opacité muette des images, s’arrête à ce qu’elles dévoilent ou révèlent, dit ce qui le fascine dans les miroirs ou les reflets. « L’acuité d’un regard est une forme de pensée. L’image autrement ne serait qu’une eau dormante, alors qu’elle est une surface active, où tout s’imprime selon nos désirs et notre conscience. » Ce pourquoi il analyse aussi ce qui trompe le regard, égare la conscience dans les faux-semblants de l’illusion, avant de s’insurger contre la mauvaise foi et ses jeux de masques. Art de goûter, de lire, de voir, de sentir, autant qu’autoportrait en anamorphose, Colportage, en alliant le déplacement et la bibliothèque, le cheminement et l’immobilité rêveuse, les images savantes et populaires, cherche à conjurer la peur d’un monde sans transmission et sans littérature.

Richard Blin

Colportage, de Gérard Macé
Gallimard, 595 pages, 29
Parallèlement paraissent Rome éphémère, avec des photographies de Ferrante Ferranti, Arléa poche, 144 pages, 9 , et Les Mondes de Gérard Macé, sous la direction de C. Coste et R. Boulaâbi, Le Bruit du temps / Le Temps qu’il fait, 232 p., 24

Le conteur des chimères Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°199 , janvier 2019.
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