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Théâtre Scènes de la vie conjugale

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Thierry Cecille

Durant une nuit d’été, deux couples s’affrontent, l’un survit, l’autre éclate : l’unique pièce de Claude Simon scrute la décomposition de l’amour.

On ne peut s’empêcher de soupçonner, lorsque réapparaissent des inédits d’écrivains reconnus, la tentative de faire passer pour des textes significatifs quelques fonds de tiroir ou, pire encore, des pages que l’auteur lui-même aurait préféré voir disparaître. En l’occurrence, c’est une œuvre à part entière, riche et surprenante, que les éditions du Chemin de fer nous permettent d’ajouter au corpus déjà profus de Claude Simon. Comme ce fut déjà le cas naguère avec Le Cheval, le livre lui-même est une réussite : couverture, typographie, riche postface de Mireille Calle-Gruber, biographe et spécialiste de Simon, reproductions de photographies familiales et de superbes manuscrits colorés ; tout concourt à faire de cette lecture une véritable découverte enthousiasmante.
Cette pièce fut jouée à Paris en 1963 – et l’accueil fut pour le moins contrasté. Certains y virent du théâtre bourgeois et s’étonnèrent que Simon, qui venait de faire paraître L’Herbe, se montrât, apparemment, bien moins avant-gardiste dans ce genre littéraire qu’il ne l’était pour le roman. D’autres, comme Roland Barthes et Michel Deguy, en firent l’éloge. Comment expliquer que Claude Simon ne poursuivit pas cette expérience théâtrale ? Mireille Calle-Gruber propose cette hypothèse éclairante : « écrivain solitaire, recherchant dans l’écriture le vif de l’émotion intime, il ne pouvait guère se résoudre à laisser d’autres créateurs-interprètes transformer son ouvrage ». Il n’insista même pas pour que Jérôme Lindon publie la pièce – mais il la conserva et la confia, avec d’autres manuscrits importants, à la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.
Qu’est-ce donc que cette « séparation  » ? Il s’agit tout d’abord d’un élément essentiel du décor : « La scène est partagée en son milieu par une cloison qui sépare deux cabinets de toilette très vastes comme il en existe dans les vieilles maisons » et ces cabinets de toilette sont attenants à deux chambres conjugales. Dans chacun d’eux viendront en effet, alternativement, discuter ou monologuer, gémir ou s’exalter, rêver ou se déchirer deux couples : l’un encore jeune et neuf, composé de Georges et Louise, l’autre plus âgé et usé, Sabine et Pierre étant les parents de Georges. Mais la séparation c’est bien entendu, plus profondément, celle qui, secrète ou révélée, douloureuse ou endormie, subsiste entre l’homme et la femme, dans chacun de ces couples, dans chacun de nos couples. Entre Bergman et Tchekhov, comme le suggère Mireille Calle-Gruber, c’est à l’auscultation minutieuse de cette fissure qui menace, malgré ou à cause de l’amour, que s’attache Claude Simon. Il le fait avec la langue qui est la sienne, reconnaissable entre toutes – et l’on se demande, effectivement, si celle-ci peut être une langue théâtrale, même si le public, depuis 1963, en a sans doute entendu bien d’autres et a aujourd’hui l’oreille plus accueillante. Nous retrouvons dans de longues tirades les anaphores et reprises, les « et plutôt » et les « c’est à dire  », les successions d’adjectifs qui caractérisent l’écriture à la fois heurtée et mobile de Simon. Et nous sommes surtout transportés dans le paysage mental qu’a, tout au long de son œuvre, construit le romancier : la débâcle de 40 et ses cadavres d’hommes ou de chevaux, la solitude des femmes sacrifiées, les photos qui sont les traces figées et pourtant vivantes du passé perdu, l’obsession de la mort que l’on devine même en contemplant le crâne d’un nouveau-né… Mais aussi la beauté éclatante et éphémère d’ « une raie de soleil qui passe entre les volets (…) comme une espèce de chose qui serait douée à la fois de prodigieuses possibilités d’immobilité et de vitesse ».
Thierry Cecille

La Séparation, de Claude Simon
Les éditions du Chemin de fer, 160 pages, 17

Scènes de la vie conjugale Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
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