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Théâtre L’enfance martyrisée

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Patrick Gay Bellile

Le quotidien d’une enfant-soldat racontée à la première personne par une petite fille très énergique et pleine d’espoir.

Une petite fille, « très jeune adolescente », dit l’auteur, raconte ce que fut la guerre. Sa guerre. Sa place d’enfant dans la guerre. De première victime. Une histoire malheureusement ordinaire. Ce récit prend la forme d’un monologue adressé à Boy Killer, le jeune garçon qui, de la même manière, racontait sa guerre à la jeune fille dans A la guerre comme à la Game Boy du même auteur, paru chez le même éditeur en 2017. Deux textes parallèles donc, qui se répondent, deux récits d’enfants-soldats qui malgré la situation, la guerre, l’horreur, ont conservé cette manière tendre et naïve de parler, répétant les propos entendus, posant des questions simples, évoquant des sentiments premiers comme la peur, la douleur, la tristesse, la joie ou la gourmandise. Et c’est comme si tous les enfants qui, depuis que le monde est monde, souffrent de guerres dont ils ne savent rien, comme si tous les enfants qui ont vu leur famille exterminée sous leurs yeux sans comprendre pourquoi, comme si tous ces enfants se levaient et prenaient la parole par la voix de cette petite Bénédicta. Comme si toutes les petites filles violées, abusées, réduites à l’état d’esclaves sexuels, regardaient le monde dans les yeux et lui demandaient : pourquoi ? À cette question, qui peut répondre ? Et que pouvons-nous répondre ? Pourquoi torturer, massacrer l’enfance, pourquoi la soumettre à l’horreur permanente alors que son regard nous dit qu’elle souhaiterait juste grandir et être au monde.
Mais il n’y a pas que la guerre. Bénédicta raconte aussi la place assignée aux filles dans son monde : toujours derrière et après les garçons. Pour manger, pour boire, pour fumer : « la tradition que vous dites. » Et de dire aussi la honte et le déshonneur attachés à celles qui, pourtant victimes, ne doivent compter que sur elles-mêmes pour espérer s’en sortir, et échapper au rejet de leur famille et de toute la société : « parce que je savais que, quand un garçon joue par force à saute-mouton avec une fille, on accuse toujours la fille que c’est elle qui l’a voulu / Qui l’a taquiné / Qui l’a provoqué / Qui l’a allumé / Qui l’a cherché.  » Bénédicta a subi un viol collectif dont elle ressort enceinte. Enceinte d’une poupée qu’elle va tenter de tuer sans y parvenir. Une poupée barbue. Barbue à l’image de celui qui lui a fait mal, très mal. « Cette saleté est sortie de mon corps. Je suis propre maintenant. Je suis libre maintenant. » Alors, armée de la kalach qu’elle a subtilisée à Boy Killer pendant son sommeil, elle n’a pas envie de pardonner. Elle ne veut plus s’appeler Bénédicta mais se choisit un nom de guerre comme l’a fait Boy Killer. Beretta. Elle sera désormais Beretta pour passer à l’attaque : « Nous, on allait leur couper leurs couilles. Leurs gros machins qu’ils ont entre les jambes là. Pour que même en enfer ils ne jouent plus jamais à saute-mouton avec les petites filles. »
La grande force du texte de Bvouma est de nous parler de tout cela sans pathos, sans propos larmoyants ; dans une langue très imagée, ne craignant pas de jouer avec les mots, il nous fait partager les peurs, les questions et en même temps les envies de vengeance et les désirs d’avenir d’une petite fille qui nous fait rire souvent, et nous surprend aussi par sa détermination et son envie de vivre. Comme il le déclarait lors de la remise du prix RFI au Festival d’Avignon : « Moi, j’essaye d’aborder le texte comme la vie. La vie, il y a des jours où l’on rit où on pleure où on est triste. J’essaye d’aller chercher des émotions avec des mots simples dans un style ou un langage accessibles. » Et l’on est heureux pour cette petite fille formidable lorsqu’elle se découvre amoureuse de Boy Killer. Même si pour finir, la question qu’elle pose est toute simple mais terrible : « Maintenant qu’on est seuls au monde, on fait quoi ? »

Patrick Gay-Bellile

La Poupée barbue,
d’Édouard Elvis Bvouma
Lansman éditeur, 58 pages, 12

L’enfance martyrisée Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
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