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Domaine français Le vieil homme et l’enfant

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Martine Laval

Apprendre à connaître l’autre pour se découvrir soi-même. Le Vent reprend ses tours de Sylvie Germain puise sa vitalité dans une prose pleine de lumières salvatrices.

Vent reprend ses tours

Nathan est un gamin comme tous les autres ou presque. Il a 9 ans, vit entre une mère distante et un père inconnu. Il s’ennuie, n’a pas de copains, un peu bègue, il est la risée de tous. Alors Nathan s’échappe, court les rues, traverse la ville à l’aventure, les sens en alerte, les yeux grands ouverts sur l’inconnu. Et voilà qu’un inconnu lui tend la main, mieux le prend sous son aile. Gavril, c’est son nom, est un saltimbanque. Campé sur des échasses, dans un costume d’ibis, cet oiseau digne, il joue d’instruments bizarres – olifantastique – trompette-à-rimes – tuyau-soupir – poèmophone – et même silensophone. Il murmure, chante, mêle des poèmes, ici, des bouts de Verlaine, de Prévert, de Mallarmé, là, des bouts de Nerval, Villon, Louise Labé. Il a la tête pleine d’orages et de tendresse. Il les offre au gamin qui doucettement s’éveille à la vie. Gavril roule les « r », il vient d’ailleurs, d’un pays-poésie – ou d’un pays meurtri. Pour Nathan, il a l’air « très vieux, très bizarre, et très beau ». En fait, Gavril a 45 ans, il a le visage « imprimé de signes obscurs très anciens ». Sous les rides et les fissures, c’est un homme libre. Ensemble, ils vont inventer des rires, des connivences, des désirs d’être au monde, des désirs de sérénité. Et puis la vie les sépare. Devenu adulte, Nathan part à la recherche de son mentor, et va découvrir qu’il est un rescapé de la folie guerrière du mitan du XXe siècle, d’une Roumanie à feu et à sang. Dans le même tourbillon, Nathan défile son enfance à la recherche de sa propre histoire.
« Se dresser contre ce qui est là et se faire les gardiens vigilants des vivants et des morts. » : cet exergue (signé Héraclite) prend chez Sylvie Germain des allures de profession de foi, d’engagement envers la littérature. Avec Le Vent reprend ses tours, l’écrivaine aussi essayiste s’empare de la fiction, cet espace illimité de liberté, pour mettre en lumière la banalité de quelques destins, des invisibles, « des indésirables », de ceux qui, pourtant, dessinent notre humanité. Cet exergue a valeur d’invitation, d’exhortation même : l’écriture (et donc la lecture) est avant tout une affaire de regard, poésie et politique irréductiblement liées dans un même élan, une même fratrie.
Les personnages de Sylvie Germain défient le temps, le dépoussièrent, lui inventent une autre histoire. Ils cherchent à élucider mystères et tromperies, de ces choses qui créent détresse et solitude, un désamour incommensurable rien qu’en leur opposant des monceaux de poésie. Dans une narration limpide ponctuée de gravité et d’innocence, de chimères et de réconciliations, l’écrivaine déploie une écriture fabuleuse, une manière d’offrande pour appréhender la vie : « Gavril disait qu’une ville, ça s’arpente et ça se lit, que marcher c’est lire, avec tout son corps, tous ses sens, et que lire c’est marcher, dans sa tête, dans le temps, jusqu’aux confins de soi, jusqu’aux lisières du monde. » Martine Laval

Le Vent reprend ses tours, de Sylvie Germain
Albin Michel, 220 pages, 18 (en librairie le 2 mai)

Le vieil homme et l’enfant Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
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