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Théâtre Entre espoir et utopie

septembre 2019 | Le Matricule des Anges n°206 | par Patrick Gay Bellile

L’Europe n’en finit pas de naître d’un chaudron toujours bouillonnant. Laurent Gaudé nous met au banquet des peuples.

Nous, l’Europe : banquet des peuples

Il y a chez Laurent Gaudé, dans les thèmes, dans les rythmes, dans la forme, dans les mots qu’il choisit, livre après livre, ce talent de nous emporter, de nous raconter des histoires, de faire qu’une fois ouvert le livre nous allons jusqu’au bout, jusqu’à la fin du livre qui n’est pas toujours la fin de l’histoire. Nous, l’Europe est un constat, un bilan, une épopée, un rêve et un espoir. Parcourant les siècles qui ont vu s’affronter les grandes puissances européennes à partir de 1848, le 12 janvier exactement, que l’auteur choisit comme point de départ, à Palerme, des révolutions qui vont parcourir le Vieux Continent et fonder l’Europe, Laurent Gaudé s’enthousiasme pour un projet qui a su, au-delà des conflits, créer une communauté. Cet ensemble dont il se revendique et dans lequel il place beaucoup d’espoirs pour répondre à toutes les injustices, à tous les malheurs, et vaincre peut-être un monde menaçant qui toujours dévore ceux qui furent pourtant un jour ses enfants. Il y a dans son écriture une poésie mais aussi un feu qui vont bien au-delà d’un simple plaidoyer. C’est une déclaration d’amour pour l’homme, pour l’humanité, pour sa capacité à reconnaître d’abord puis à combattre les monstres et les abominations qu’elle a elle-même nourris puis portés sur le devant de la scène.
« Grand banquet. / C’est cela qu’il nous faut, maintenant. / De l’ardeur, / De la chair et du verbe ! » Et c’est pour redonner du sang, de la vie, de l’énergie, du souffle à cette Europe qui semble en être à bout que Laurent Gaudé prend la plume, espérant que « les mots de la littérature, peut-être, peuvent replacer au cœur du récit la conviction et l’élan sans lesquels rien ne se fait. » C’est un texte qui fait du bien. Qui nous prouve une fois de plus que la littérature fait avancer les choses lorsqu’elle s’empare d’un sujet porté par la sincérité et le besoin d’avoir quelque chose à en dire. Il existe de nombreux essais sur l’Europe, son histoire, ses enjeux, ses forces et ses faiblesses. Des livres documentés, souvent bien écrits. Et puis quelqu’un vient, se présente au guichet, c’est un auteur, et il nous remet un document de moins de 200 pages qui place d’emblée la question au centre : « Avons-nous oublié qu’au regard de l’Histoire, nous formons une génération ? Qu’au regard de l’Histoire nous serons jugés sur notre courage ou nos démissions ? » Pas de lamentations, de déceptions, de constats d’échec, ou de confiance malgré tout, mais un bouillonnement, un foisonnement qui mêle les peuples, les histoires personnelles, et les tragédies collectives.
Le lecteur retraverse les siècles à toute allure, porté par cette voix singulière qui déjà il y a longtemps nous frappait au cœur dans Onysos le furieux ou dans Cris. Le XIXe siècle, et sa révolution industrielle, la colonisation, les grandes guerres du XXe, les révolutions et Mai 68, Budapest, Solidarność, Sarajevo, les événements s’enchaînent et se succèdent. Laurent Gaudé nous livre ici un pur joyau de poésie politique. Lyrique mais jamais grandiloquente. Haletante et pressée mais n’oubliant pas de s’arrêter aux étapes fondatrices. Et même si aujourd’hui l’économie et les intérêts particuliers des nations semblent avoir pris le dessus, le projet demeure, entre espoir et utopie, comme un phare dans la nuit des effondrements et des cataclysmes annoncés. Alors, aveuglement, naïveté, volonté de ne pas voir ? Sûrement pas : et sans nier les problèmes et les drames possibles, il n’est pas inutile, loin de là, de rappeler que l’homme est capable aussi d’imaginer des scénarios improbables, et magnifiques, et de les réaliser. L’Europe en fait partie et c’est bien qu’un auteur nous le rappelle : « C’est cela que nous voulons : / Que l’Europe s’anime, / Change, / Et soit, / A nouveau, / Pour le monde entier, / Le visage lumineux / De l’audace, / De l’esprit, / Et de la liberté. »

Patrick Gay-Bellile

Nous, l’Europe : banquet des peuples
Actes Sud, 192 pages, 17,80

Entre espoir et utopie Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°206 , septembre 2019.
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