La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger Bas de casse

novembre 2019 | Le Matricule des Anges n°208 | par Yann Fastier

S’il est question d’années de plomb, l’expression est à prendre ici au pied de la lettre : récemment embauchée dans une petite imprimerie privée d’Allemagne de l’Est (nous sommes à la fin des années 70), « Puppi » compose au plomb. Elle n’est pas douée. Elle n’est d’ailleurs pas douée pour grand-chose et son physique ne l’aide pas, qui la fait comparer à une jeune éléphante par ses quelques collègues, tout aussi désaxés qu’elle : Willi, le typo maniaque et quasi muet, « si profondément gris qu’il avait l’air d’être l’incarnation du saturnisme », Manfred, l’imprimeur schizophrène qui dialogue avec ses machines et Fritz, « le linotypiste dur, habile de ses mains et qui voit tout  », à la fois séducteur et empêché, tous laissés pour compte d’une industrie sur le déclin, dans un pays lui-même figé dans l’éternel novembre de l’ère Brejnev.
Ce pourrait être une simple chronique, pour partie autobiographique (l’auteure, en rupture avec sa famille de hauts responsables du Parti, fut réellement typographe entre autres choses), la saga crachotante de quelques misfits en RDA, brusquement interrompue par la fuite du patron et la mise sous scellés de l’usine. Tout change à la page 83.
Bien des années plus tard, « Puppi », redevenue Marita Schneider et gloire des lettres nationales, reçoit de son ancien patron, que l’on croyait à l’Ouest ou bien au fond de quelque goulag, un dossier qui fait soudain bifurquer le roman et lui assigne un tout autre sens en le haussant d’un cran dans la mise en abîme. Il nous est évidemment défendu d’en dire plus et c’est dommage : on aurait invoqué Borges et Perec, on aurait enfin placé le mot « palimpseste », parlé de révoltes dérisoires et vouées à l’effacement, discouru sur la Mère Patrie devenue marâtre, sur les pouvoirs cachés de la Littérature, sur la fin de l’Histoire ou ses réécritures… Et conseillé au lecteur de regarder les romans d’un autre œil.

Yann Fastier

Bas de casse, de Katja Lange-Müller
Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine,
Inculte, 123 pages, 17,90

Le Matricule des Anges n°208 , novembre 2019.
LMDA papier n°208
6.50 €
LMDA PDF n°208
4.00 €