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Poésie Décasyllabe ou alexandrin ?

novembre 2019 | Le Matricule des Anges n°208 | par Éric Dussert

Entretien à bâtons rompus avec Jacques Réda, exégète du vers lorsqu’il n’est plus. Commentaires sans faux-fuyant.

Quel avenir pour la cavalerie ?

Une histoire naturelle du vers français
Editions Buchet-Chastel

Rencontrer Jacques Réda est une affaire toute simple : il convient de se placer devant une librairie et, d’un pas assuré, en franchir le vantail. Les livres de l’ex-directeur de la Nouvelle Revue française, figure vénérable de la maison Gallimard désormais, se dénichent dans le rayon « Poésie » ou au milieu des « Essais ». Là, deux options : essais musicaux ou essais littéraires ? Ici, ses livres sur le jazz dont il est fervent, là sur la poétique à laquelle il est farouchement attaché. Et toujours, au rayon « Poésie » ses poèmes. Les derniers en date explorent le monde au crible de la physique. Ils s’intitulent Rythme, chaos, mythologies (Gallimard, 2018) et constituent le cinquième opus de sa Physique amusante commencée en 2009 avec un volume éponyme. Ils ont ceci d’éloquent et de pratique qu’ils disent en trois mots ce que l’on devrait expliquer ici en vingt lignes à propos de Quel avenir pour la cavalerie ?, le nouvel essai du poète : « Ce livre ne propose aucune théorie./ Son auteur n’est pas un savant,/ Juste un homme incertain qui cherche, inventorie,/ Dans un territoire mourant,/ Ses raisons d’être au sein de cette confrérie :/ L’étranger univers du vivant ;/ Tout ce qui de l’étoile à l’humble bactérie,/ De soi-même ou bien dérivant,/ Bouge – en ordre, en désordre – et se rebelle ou prie,/ Et sa façon d’être fervent/ (Comme le roi David devant l’Arche fleurie,/ Pleine ou vide) ne fut souvent/ Que danser comme l’herbe à travers la prairie/ Avec le vent. »

« On entre dans un nouveau Moyen Âge. Le premier était régenté par la théologie, le prochain sera conduit par la technologie. »

Accompagnés d’un zéphyr d’automne, c’est exactement à propos de confrérie finissante et de territoire mourant, de vivant dérivant et de langue changeante, que nous avons échangés avec Jacques Réda, du côté du XXe arrondissement de Paris. Un entretien à bâtons rompus. Son livre, Quel avenir pour la cavalerie ? avait de quoi retenir l’attention. C’est, explicitement, une « histoire naturelle du vers français » où, dès l’avant-propos l’on sait pourquoi il est question de chevaux. Il le déclare aussi de vive voix : « Les poètes utilisent aujourd’hui un vers gouverné sans état-major. » Il est temps, dès lors, d’établir l’histoire du vers, « précisément parce qu’il a pratiquement disparu. La cavalerie cavale dans tous les sens. Je ne condamne pas, notez bien, elle ne peut plus conduire nulle part. » Pessimiste ? Jacques Réda s’en défend et préfère viser au réalisme plutôt qu’au défaitisme, d’ailleurs il a pour bientôt d’autres vers à publier. Mais c’est chose convenue, inévitable, « on entre dans un nouveau Moyen Âge. Le premier était régenté par la théologie, le prochain sera conduit par la technologie. » Le vers est donc en mauvaise posture, quoiqu’il soit toujours, bien distordu il est vrai, parfois même sous forme de liste de courses, encore… Il est désormais dénué des vertus que la langue lui avait insufflé autrefois, lorsque le vers avait une raison d’être, celle d’exprimer la réalité. « J’ai un peu insisté sur les poètes du XVIIIe siècle, explique Jacques Réda. Le sens du mot poésie a évolué, lui aussi, comme la langue. Le vers était utilitaire et n’a plus eu d’utilité le jour où il a été dépassé par la réalité qu’il avait à décrire. »
Alors, quoi, et maintenant ? « Aujourd’hui, il nous faut l’algèbre. C’est un processus mécanique, les langues se décomposent et dans le même temps une autre composition se met en branle. » Comme chez le poète où la succession d’inspirations roule et l’entraîne loin de sa base : « Pour moi il y a un petit nombre de thèmes qui m’accompagnent depuis l’âge de 15 ans : la musique, le jazz en particulier, la poésie et puis… je ne saurais dire quoi… Il y a un temps, c’était le football. Et puis il y a eu la physique (je suis encore dedans). » Et ce qui frappe, c’est que ce qui bouge en ordre ou en désordre comme le soulignent ses vers, signe que nous appartenons à une civilisation du rythme à laquelle se réfèrent et les grands orchestres de jazz et les poètes d’aujourd’hui qui fourbissant encore leurs vers. « Le rythme, c’est l’ordre et le désordre associés », la fascinante histoire du monde et des êtres qui se heurtent ou se protègent.
L’Histoire naturelle du vers français de Jacques Réda propose la galerie de portraits de ceux qui ont produit le vers nouveau de leur génération, elle donne à voir ce qui reste du vers lorsqu’on n’en a plus cure. « Je n’ai pas réservé de place à certains poètes qui auraient dû apparaître dans une histoire de la poésie. J’ai fait une histoire du vers, donc j’ai retenu ceux qui ont fait évoluer le vers. » Et, là, « Follain est important car il est le seul qui a fait quelque chose de très précis dans le genre du vers libre. Dadelsen, que j’aime beaucoup, est, lui, exemplaire du vers libre un peu lâché ».
Plus tard, au moment de nous séparer, Jacques Réda témoigne de sa pratique : « J’ai commencé par suivre, de travers bien entendu, les règles classiques. Ensuite, vers 16-17 ans, j’ai fait comme tout le monde, des vers libres, des versets, de poèmes en prose et peu à peu je suis revenu au vers régulier, et ça, je m’en expliquerai peut-être. » C’est à souhaiter. Il faudra ajouter à la longue série des Armen Lubin, Cendrars, Rimbaud, Hugo, Delille ou Audiberti, son nom au titre de défenseur de cette pièce de littérature, large comme la page, pas plus, dont la profusion a pu par le passé impressionner et qui, désormais, figure aux abonnés absents. Leçon de littérature et signal de la débandade, Quel avenir pour la cavalerie ? est le témoignage franc, direct, sans faux-fuyant d’un poète sur une pièce qui pourrait avoir bientôt disparu de notre outillage. Éric Dussert

Quel avenir pour la cavalerie ?
Une histoire naturelle du vers français,
de Jacques Réda
Buchet-Chastel, 221 pages, 20

Décasyllabe ou alexandrin ? Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°208 , novembre 2019.
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