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Poésie Un grand rameur

novembre 2019 | Le Matricule des Anges n°208 | par Emmanuel Laugier

Avec Poésies, somme d’une vie en huit livres, c’est à l’art de la série et à ses variations que Hans Faverey nous convie en un vertige de surfaces folles.

L’inflexion de voix que la poésie de Hans Faverey (1933-1990) nous donne à entendre, minimale, précise dans sa diction et dans son élaboration, aussi énigmatique quant à ses sujets que vertigineuse quant à ses attaques, tantôt ironique, tantôt sarcastique, varia selon les séries de poèmes. Sur à peine trois décennies, cette œuvre brève, huit livres tout au plus, a marqué la poésie néerlandaise des Pays-Bas, aux côtés de la génération dite des Vijftigers (ceux des années 50) – Bert Schierbeek, Gerrit Kouwenaar, Lucebert –, ou encore de Van Dixhoorn, le plus jeune d’entre-eux (et aussi le plus proche de Faverey dans sa démarche). Après Poèmes (Théâtre Typographique, cf. Lmda N°132), par quoi l’on découvrit une poésie à la teneur explosive et froide, dont la logique répétitive conduisait davantage à faire différer l’élément repris qu’à mécaniquement le reproduire, Poésies nous offre la possibilité de vérifier comment l’art de la série agence ses motifs, comment elle les perd pour mieux les contourner et les faire réapparaître. Ceux-ci sont aussi simples que piochés dans une réalité immédiate mais fuyante, tangible autant qu’impalpable. Cela n’empêche pas que le mot « cil  » ou « angle  », voire « dauphin  » soit dit comme une chose reconnaissable, celui de « dimanche  » décrit « comme un tambour silencieux/ de chiens pulvérisés  ». Ce qui pourrait se présenter comme une influence tardivement dadaïste, devient toujours chez Faverey la recherche d’un jeu très sérieux de langage, une façon d’interroger les mots, les syntagmes, jusqu’à créer une écriture parataxique rare – et puissante. Écoutons comment se mêle, en une suite de cinq vers, une idée de la vie (commune) à des blocs de sensations diffuses, aléatoires, comme si tout était écrit sur la même surface, et ce dès les Poèmes isolés (1960-62) : « Le gouffre ne se remue pas ;/ je ne possède pas d’échelle de corde./ Ce que je sais je le jette,// ce que je jette revient/ en cercles concentriques/ de soie et de craie :// le printemps dernier/ après la dernière cigarette.  »
L’hermétisme que l’on peut pointer ici ou là (tel ces « 100 téléphones/ très blancs coupés ;/ leurs poumons pleins de bruissements / vue sur la mer  ») n’est lui aussi que la part d’une attention à des procédures de langage, dont la juxtaposition de rapports marque le manque, l’absence, l’impossibilité d’exister en elles. On pourrait percevoir ces dérives comme conceptuelles, mais l’œuvre de Faverey, par ses obsessions, loge en elle un sens tragique que l’on trouve, pudiquement, dans l’endurance réflexive d’un Wittgenstein, à qui l’on pense souvent : à ce « et moi, poisson combattant fatigué  » répond un « haut un palmier proche,/ fin un homme loin, très loin ». Et de ce placement, de voix, d’espace, de composition, « Rien ne reste indemne,/ rien n’est épargné, mais/ rien ne se perd/ et vois : le soleil/ reste, le soleil// reste/ où il se consume  ».
« Aucune métaphore// n’est ici de mise  » est-il brièvement écrit. Cet art poétique, minimal et âpre, Faverey le définissait très clairement : « quand j’écris par exemple un homme marche sur une montagne et que je l’écris à la machine à écrire, je ne le vois pas. Je fais un poème, bien sûr, pas une peinture  ». « Man & Dolphin » (1968), dont l’art de la répétition est le plus flagrant, exemplifie ses propos. Mais l’effet le plus perturbant (et ultra-moderne) de Faverey consiste à porter ses phrases combinées à bout, comme si elles étaient inquiétées de l’intérieur, et leurs sujets comme extérieurs à eux-mêmes, toujours sur la voie de se dissoudre, de douter même de leur existence (c’est la voie chinoise de Faverey, ou ses Poteaux d’angle [Michaux]). Cette basse continue impressionne, elle atteint une maturité précoce qu’elle ne fera que creuser jusqu’aux livres de la fin, car « tout va être surexposé/ ça s’appelle tout autrement ici/ et ne sent presque rien  », comme « se faire séparer la tête/ du corps par un train de nuit  » (Le Décomplété, 1990). Ainsi en fut le risque.

Emmanuel Laugier

Poésies, de Hans Faverey
Traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Kim Andringa, Erik Lindner, Éric Suchère,
Vies parallèles, 669 pages, 30

Un grand rameur Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°208 , novembre 2019.
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