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Poésie Parole d’une dépossession

novembre 2019 | Le Matricule des Anges n°208 | par Emmanuelle Rodrigues

Poème en prose incantatoire, Autobiographies de la faim entend faire œuvre de son désœuvrement : Sylvie Durbec procède à une sorte de catharsis.

Autobiographies de la faim

En neuf séquences, Sylvie Durbec nous offre un récit au style tout à la fois laconique et baroque. Sur la scène de son théâtre intérieur, la narratrice entreprend un périple au cœur de ses souvenirs d’enfance ravivés par le deuil de ses parents disparus. Comment alors faire parler les images que la mémoire suscite sans cesse, quand il ne s’agit parfois que de quelques bribes sur le point de disparaître ? En accueillir l’obsédante présence sauve ces instants, fugaces épiphanies : « Parler simplement d’une chose difficile. Ne pas trop en faire. Parler en se taisant. Retenir le plus possible. » Ce n’est pas tant sa propre remémoration qui intéresse la conteuse, que sa manière de raconter. D’emblée se questionnant elle-même, elle déclare : « Ce que tu aimes par-dessus tout, ici, sous ce ciel vide, c’est divaguer. » Et divaguer, c’est encore tourner en rond dans les mots. Aussi, ceux-ci résonnent-ils « dans le dédale du jardin de la mémoire ». Peu à peu, une sorte de work in progress s’organise, ses propos fusent, s’égarant pour mieux revenir à ce qui la taraude, il lui faut conjurer ce qui ne peut se dire et qui cependant la poursuit.
Depuis la Camargue, où elle vit désormais, elle contemple les rivages méditerranéens où les villes se font face jusqu’à se ressembler. Tunis et Marseille, lieux d’une mémoire intime, raniment sans doute le souvenir d’un temps révolu. Telle une parleuse un peu voyante, elle se laisse ainsi traverser par ce qui la hante : la vieillesse, la folie ou encore la mort. Le souvenir de sa mère âgée et malade dont l’absence désormais pèse, lui demeure : « Parfois je marche sans mère à mes côtés et mon pas se fait souple. Parfois, non. Parfois, elle s’accroche à mes épaules, Anchise femelle plus lourde qu’un gros sac. Quand vais-je accepter sa possible disparition ? Sa fin. » L’enjeu de cette transe verbale n’est autre que de rompre silence et solitude : « Tu n’es plus seule dans l’ennui des heures, mais avide de suivre le fil rouge qui t’entraîne et que tu saisis avec frénésie parce que tu sais le plaisir que tu vas en retirer. Plus qu’un plaisir, pourrais-tu expliquer, une nécessité : rendre au temps sa forme.  » Il faut donc laisser libre ce processus d’écriture et tout aussi bien le mettre à distance au risque d’une prolifération sans fin.
Mais ce qui menace avant tout, c’est de susciter cela même qu’avec ruse la narratrice cherche à conjurer : l’angoisse d’une dépossession et d’un sentiment de lassitude mortifère. C’est pourquoi « le désœuvrement qui est à l’œuvre » s’avère essentiel. Et comme pour boucler la boucle, la confrontation entre langage et mémoire confère à cette parole sa force poétique : « Comme si l’écriture se nourrissait toujours de ce double regard, l’un lesté vers le bas, vers la page, et l’autre aérien, porté vers l’horizon, rêveusement. »

Emmanuelle Rodrigues

Autobiographies de la faim,
de Sylvie Durbec
Rhubarbe, 88 pages, 8

Parole d’une dépossession Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°208 , novembre 2019.
LMDA papier n°208
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