La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

En grande surface Fink sur Fink

novembre 2019 | Le Matricule des Anges n°208 | par Pierre Mondot

À la première personne  : le titre du nouvel ouvrage d’Alain Finkielkraut annonce une rupture énonciative avec les essais précédents mais pourrait presque s’entendre comme une dédicace ou une libation portée au lecteur anonyme, une adresse au premier venu. C’est que depuis peu, les relations d’Alain Finkielkraut avec le vulgaire se sont tendues. Pour celui qui en 1979 célébrait dans Au coin de la rue, l’aventure la beauté nichée « dans les interstices du quotidien », les promenades virent au gymkhana : il lui faut contourner les badauds de Nuit debout, esquiver les Gilets jaunes, semer les féministes, éviter les défenseurs de la cause LGBT… Et en milieu urbain, l’habit vert ne camoufle pas.
Cette situation, loin de le laisser indifférent, le « rend malade ». Il est d’ailleurs régulièrement saisi par l’envie « de jeter l’éponge » : « les avanies des porte-parole déshumanisés de l’humanité souffrante, je n’arrive pas à m’y faire. » On compatit : sur l’échelle des douleurs du penseur, le malentendu domine de plusieurs degrés l’incompréhension.
Que s’est-il passé pour que l’on en soit à écouter Répliques en cachette, parcourus du même frisson coupable qu’autrefois nos aïeux en branchant Radio Londres ? Comment l’éphémère militant maoïste en est-il venu à incarner aux yeux d’une grande partie de la gauche la figure du croquemitaine réactionnaire ?
Afin de saisir l’origine d’un virage dont la perpendicularité l’ébahit, l’académicien reprend la plume et retrace le chemin à l’envers. On l’accompagne.
La formation intellectuelle de Finkielkraut tient en quatre rencontres, deux charnelles (Bruckner, Kundera), deux spirituelles (Roth, Heidegger).
Tout commence à l’été 67, quand, étudiant en khâgne, il fait la connaissance de Pascal Bruckner, « sous le signe de l’album des Beatles Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ». Parce que c’était moi, parce que c’était lui ? Non, plus simplement parce qu’ils habitent le même quartier et que c’est plus pratique pour converser. Comme un peu tous les jeunes de leur âge, les deux amis parlent d’amour. C’est l’époque de la révolution sexuelle mais concilier érotisme et politique leur semble inepte. Finkie, irréductible romantique, préfère explorer les vertiges de la caresse avec Levinas, que les profondeurs de la partouze avec Deleuze et Guattari. Le duo rédige Le Nouveau Désordre amoureux. « Pascal m’a décoincé  », confie Alain. Alors qu’il écrivait corseté par un jury intérieur (Genette, Barthes), truffant ses compositions de « mots savants », il apprend désormais à écrire « pour tout le monde et pour personne ». Le livre connaît un certain succès, parachevé par une lettre admirative de Michel Foucault. Un nouveau lien se tisse : « Un dimanche d’hiver, j’ai été invité par quelques-uns de ses jeunes amis à venir prendre de l’acide, rue de Vaugirard ».
Qu’on se le dise : Finkielkraut dans les années 70, c’est Iggy Pop.
Son amitié avec Foucault lui permet d’obtenir une entrevue avec Milan Kundera. Grâce à l’écrivain tchèque, l’ancien normalien délaisse « l’acosmisme textuel » de Blanchot et ses Mauricettes pour retrouver simultanément le sens de l’humour et celui de l’exégèse romanesque. La rédaction de Ralentir : mots-valises !, texte d’une légèreté insoutenable, témoigne de ce changement : « Archipelles. Chapelet de baisers ; Biscothèque. Lieu de rencontre nocturne interdit aux mineurs, où l’on ne sert que du yaourt et du pain braisé. »
Qu’on se le dise : Finkielkraut, dans les années 80, c’est Collaro.
Entre deux calembours hâtifs, et marqué (entre autres) par la lecture de Philip Roth, le penseur médite sur sa judéité. Une petite voix le taraude : « Tu te drapes dans la persécution et rien n’altère la tranquillité de ton existence. Tu as beau revendiquer ta part de souffrance, tu te la coules douce. » Le Juif imaginaire paraît quelques mois seulement avant le réveil de la bête (Faurisson, la rue Copernic, Popeck). Ouf. Il s’en est fallu d’une papillote pour que l’animateur de Répliques ne verse antisémite.
Le quatrième et dernier pilier de la maison, c’est Heidegger (avec Hannah Arendt, citée environ cinquante fois chaque samedi). Le penseur « mécontemporain » s’appuie sur sa métaphysique pour interpréter l’écroulement silencieux du monde. La communication ruine la langue, le tourisme dévore la Nature : « Tout, pour la technique, est gisement. » – vrai, mais c’est négliger la tactique, corrige Didier Deschamps, phénoménologue méconnu.
Que dire de Finkielkraut au XXIe siècle ? Une baderne ? Un schnock ? Un épouvantail engoncé dans la nostalgie de l’Arcadie d’après-guerre ?
Le malentendu naît sans doute de sa relation aux médias. Avec des responsabilités partagées : le philosophe lorgne à travers leur judas (pardon leur œilleton) une réalité étrécie tandis que placées sous leur loupe, ses pensées s’épaississent.
Le plus sûr reste encore de le lire.

Fink sur Fink Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°208 , novembre 2019.
LMDA papier n°208
6.50 €
LMDA PDF n°208
4.00 €