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Domaine étranger D’une forêt profonde

février 2020 | Le Matricule des Anges n°210 | par Julie Coutu

Quand un conte pastoral se transforme en chronique sociale dans le Yorkshire. Un premier roman captivant de Fiona Mozley.

Invité inattendu de la sélection 2017 du Man Booker Prize, Elmet est un roman façon conte noir. Une histoire dans et hors le monde, une lecture sociale d’un paysage porté par la littérature et ses mythologies. Elmet, mieux connu sous le nom de Yorkshire, est le dernier royaume celtique indépendant d’Angleterre. « Au XVIIe siècle, cette étroite vallée avec ses rebords et ses landes glaciaires était encore une “mauvaise terre”, un sanctuaire pour ceux qui souhaitaient échapper à la loi », selon le poète Ted Hughes.
Fiona Mozley, habilement, combine les archétypes littéraires qui font la mémoire et la solitude de ces terres isolées. Il y a les bois, des enfants sans repères, reclus et protégés par leur père, géant inatteignable ; il y a Price, propriétaire terrien comme d’un autre temps, des familles exploitées, des logements insalubres. De la misère, de l’injustice, les liens de la famille. Les vestiges du monde victorien, façon XXIe siècle. Un roman contemporain qui éveille les échos de temps enfuis, dans ce qu’ils ont de plus sombre, de plus triste, de plus violent, de plus marginal.
Elmet est d’abord une histoire de famille. À Elmet, terre de légendes en même temps que terre d’oubli, Daniel, Cathy et leur père trouvent un refuge, un sanctuaire. « Les fantômes de l’ancienne forêt se manifestaient encore lorsque le vent soufflait. Le sol regorgeait d’histoires brisées qui tombaient en cascade, pourrissaient puis se reformaient dans les sous-bois de façon à mieux ressurgir dans nos vies. » La tension du récit réside en grande partie dans le contraste entre la sécheresse des mots et la douceur de la voix du narrateur. Daniel, à peine adolescent, évolue dans l’ombre de son père, dans les silences de sa sœur, petit bout d’homme du foyer, attaché à son cocon, sa maison comme une cabane d’enfant, un abri de conte. Au quotidien de la fratrie : jardinage, chasse, pêche et braconnage. Un semblant d’école à la maison chez une voisine. Dans la famille, pas de règles. « Papa nous autorisait à boire et à fumer, raconte Daniel de sa voix d’enfant. Il nous raconta les hommes qu’il avait combattus, ceux qu’il avait tués dans la tourbe d’Irlande ou la boue noire du Lincolnshire. » Papa pour les enfants, figure immense, sa rudesse, son entièreté d’homme de combats, de règlements de comptes, de paris clandestins. John, pour le reste du monde, une légende, une morale à l’ancienne. Un sens de l’honneur et un mode de vie qui le placent en marge. « Malgré toute sa brutalité, papa aimait les gens. Il avait pour eux l’affection d’un chasseur pour ses proies. Il les aimait profondément, sincèrement, mais avec distance. Il avait peu d’amis, il ne les voyait pas souvent, mais les gens qu’il aimait, il les choyait comme de vieux souvenirs. »
Face à Price, le propriétaire, le notable, John quitte sa réserve, entre en résistance, à ses risques et périls ; tragique déséquilibre des forces. Fiona Mozley va au bout de son récit, guide ses personnages, sans manichéisme, vers un ailleurs indéfini. Elmet à ce titre est un roman d’apprentissage – et Daniel au fil des mots s’avance à la rencontre de lui-même – autant que de chute, un conte cruel en même temps qu’un enchantement du monde. Fiona Mozley raconte une histoire du Yorkshire et ses gens, une lutte de classes, une fuite vers le nord, quelque part, là où les légendes perdurent. Car Elmet est tombé : « Je ne suis pas sûr d’avoir pris la bonne direction, mais je dois m’en tenir à mon choix : j’ai franchi le tourniquet, et la barrière s’est refermée. (…) Les vestiges d’Elmet gisent à mes pieds ».

Julie Coutu

Elmet, de Fiona Mozley
Traduit de l’anglais par Laetitia Devaux,
Joëlle Losfeld, 240 pages, 19

D’une forêt profonde Par Julie Coutu
Le Matricule des Anges n°210 , février 2020.
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