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Théâtre Pouvoir dire non

mars 2020 | Le Matricule des Anges n°211 | par Laurence Cazaux

Guillaume Cayet nous livre un théâtre en lutte, pour résister à l’oppression et à l’exclusion.

Neuf moments pour une cavale / Les Deux

Guillaume Cayet raconte en avant-propos de la pièce comment il en est venu à écrire Neuf mouvements pour une cavale : « Le 20 mai 2017, un gendarme tue le paysan Jérôme Laronze, après neuf jours de cavale/chasse à l’homme. Fervent défenseur d’une agriculture mettant le vivant en avant et contre les puçages et traçage généralisés des bêtes, Jérôme était depuis quelques années dans le collimateur de la DDPP (direction départementale de la protection des populations) ».
L’écrivain prend connaissance de l’affaire alors qu’il commence un collectage autour des conditions d’existence des paysans en région Auvergne-Rhône-Alpes. Il se rend sur la ferme de Jérôme Laronze le 20 mai 2018, pour la commémoration de son meurtre et rencontre sa sœur, avocate.
Cette pièce rompt le silence qui entoure le plus souvent le monde paysan. « C’est une histoire sans paroles/ La nôtre/ Faite de silences et de pâturages d’hiver/ Celle des paysan·nes/ Le plus souvent quand elle parle elle prend la couleur d’une corde/ L’odeur d’une poutre/ Le fumet d’un plomb/ Le plus souvent dans les faits divers/ A droite de l’encart sportif », dira le chœur des paysan·nes. Face à ce chœur, la sœur. Elle devient, sous la plume de l’auteur, Antigone qui veut donner une sépulture à son frère Polynice, paysan mort : « quand je serai grand je serai le ciel il disait ça gamin le ciel mais il est resté la terre dure et ferme (…) je te donnerai moi une sépulture faite de ciel et de vent d’été je te donnerai de la moelle à ronger pour que tu vives malgré toi ça ne sera pas facile non de vivre malgré toi (…)  »
Guillaume Cayet décide d’écrire sur ce fait de société et de le transformer en une tragédie : « Aujourd’hui notre histoire prend la parole/ Et personne ne la fera taire », proclame le chœur. Pour demander justice et vérité.
La sœur parle, dans un flux qui ne peut plus s’arrêter. Aucun point dans cette prose très dense, la seule façon d’arrêter les mots c’est lorsque l’auteur trace des points de suspension entre crochets, comme un hoquet, une douleur ou un temps de suspens. Neuf mouvements pour raconter l’histoire de ce géant, son frère, qui ne voulait pas se conformer au modèle économique dominant et qui s’est enfui le jour où l’administration venait lui retirer ses vaches. « (…) il disait ça mon frère du monde qui rétrécissait à vue de nez du monde le nôtre paysan du monde de la terre qui commençait à saigner des trucs louches qu’on lui avait fait bouffer les produits chimiques les engrais les phytosanitaires “faut bien se moderniser” disaient les ancien·nes ( » Et d’évoquer la colère qui monte : « ici à moins de trente kilomètres cette année dix types qui y sont passés de l’autre côté – le fusil ou la corde derrière la porte la petite porte souvent du hangar parce que la colère soit tu la projettes sur toi soit tu la projettes sur quelqu’un·e mais faut bien qu’elle sorte la colère elle peut pas rester comme ça en toi toute seule ( »
Neuf mouvements pour une cavale est une pièce de combat, politique, qui s’inscrit dans un cycle de l’écrivain sur les violences policières. « Nous devons sortir de la précarité de la plainte pour atteindre l’épanouissement de la rage », dira le chœur. Guillaume Cayet se bagarre contre tous les rapports de domination et la langue inclusive qu’il utilise dans la pièce semble faire partie de la lutte.
Le deuxième texte, Les Deux, met en scène deux sœurs dans un village désindustrialisé des Vosges. Elles vivent seules avec leur mère au chômage. La petite veut arrêter d’être invisible. Elle a la rage. Elle veut vivre dans un monde où l’on peut dire non. « “Non” c’est l’inverse de “oui”. C’est l’inverse de “d’accord OK le monde pourri me convient bien”. » Dans une écriture âpre, Guillaume Cayet raconte la lutte violente pour la survie dans cette France des oubliés.
Laurence Cazaux

Neuf mouvements pour une cavale /
Les Deux,
de Guillaume Cayet
Éditions Théâtrales, 96 pages, 14

Pouvoir dire non Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°211 , mars 2020.
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