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Histoire littéraire Clochard céleste ?

juin 2020 | Le Matricule des Anges n°214 | par Dominique Aussenac

Claude Pélieu, poète et plasticien, a traversé avec fulgurance et passion la planète Beat.

La France mit plus d’une décennie à considérer les poètes et écrivains de la Beat Generation, accueillant avec hostilité ces jeunes blancs-becs dépenaillés, drogués, efféminés… L’éditrice Paule Thévenin n’hésite pas en 1966 dans la revue Tel Quel à stigmatiser chez eux « la folie fabriquée, de préférence hurlante, le goût du sadisme, l’idéalisation de la force (culte à peine déguisé d’Hitler), la résurgence de la religion au niveau d’un phantasme frelaté » et à les accuser de confondre « poème et hurlement ». Pourtant c’est à Paris que ce groupe d’amis composé de Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso se retrouve à la fin des années 50, dans un hôtel miteux du Quartier latin. C’est à Paris que Ginsberg publie un de ses plus grands poèmes, Kaddish, et Burroughs, Le Festin nu, tout en y expérimentant la technique du cut-up. Y ont-ils fait des émules ?
Claude Pélieu désigné peut-être abusivement comme « le seul poète beat d’expression française » est celui dont le parcours correspond le mieux à l’esprit de cette contre-culture. Un slalom psychédélique caractérisé par d’incessants allers-retours entre la France et les États-Unis où il décéda en 2002. Il déménagera soixante-seize fois.
Une insoumission aux ordres établis. Déserteur pendant la guerre d’Algérie. Anarchiste, il conspue la guerre du Vietnam, le capitalisme, les pigs (flics en argot nord-américain)… Travailleur acharné, il consacre ses journées à traduire ses amis (Ginsberg, Bob Kaufman, Ed Sanders, Ferlinghetti…), à exécuter ses collages et poèmes. Ne voulant jamais gagner sa vie à la perdre, il réserve ses soirées à ses excès…
La fascination des images : « Je suis un junkie de l’image » aimait déclarer celui qui fit les Beaux-Arts, s’exerça au dessin, à la peinture et vécut une véritable passion pour le collage.
Le goût des mots, des formules, slogans, poèmes. Influencé par les surréalistes, le lettrisme, il s’inspirera du cut-up de Burroughs pour inventer ce qu’il intitulera le « script-vite » qui concilie la génération d’images provoquée par l’écriture automatique et le cut-up. Son premier recueil de textes illustrant cette technique, Automatic pilot, sera publié par Fuck You Press en 1964 à New York. Trente-six autres suivront. Six publiés chez Christian Bourgois dont Coca néon/arc-en-ciel polaroïd en 1976, Dust bowl Motel Poems en 1977. Une rencontre scellera le destin de Pélieu, celle avec sa seconde femme Mary Beach, qui dirigera la librairie City Lights de San Francisco, véritable maison de la Beat Generation.
Jukeboxes fut publié en 1972 directement en poche chez 10/18. Ce journal poème suit les pérégrinations nord-américaines de l’auteur et contient des textes écrits de 1967 à 1970 aux formes diverses, allant du haïku à de longues litanies, du poème en prose en passant par l’injonction politico-poétique… « LE TEMPS TRANSPIRE COMME UN DOCKER & LES POETES A LA NUIT TOMBANTE CARESSENT LEURS PAUPIERES INNOCENTES & LES VAGUES ONT LES POCHES PLEINES DE FLEURS ». Il y rend hommage à ses amis emprisonnés (Gregory Corso, Timothy Leary), aux étudiants assassinés à la Kent State Université par la garde nationale, aux Indiens, à la culture psychédélique, au Yi King… Le rock et son électricité irradient les poèmes, les transformant en riffs distordus. Les descriptions de la vie urbaine et celle des vastes territoires américains se mêlent. L’évocation des toutes nouvelles technologies, l’ordinateur notamment, et les savoirs anciens se superposent. Les images éclatent en feu d’artifice, les mots deviennent effervescents, la mort rôde. Le dernier poème relate « Une semaine chez Allen Ginsberg ». « Prose éventrée, la lave jaillit du poème. Sister Charity, en blue jeans, ses jeunes seins nus, dansant sur le podium du Night Club de l’Univers. Des allusions de jungle pénètrent la lucidité. » Une vie ? Non, un fucking trip !

Dominique Aussenac

Jukeboxes, de Claude Pélieu
Lenkalente, 180 pages, 13

Clochard céleste ? Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°214 , juin 2020.
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