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Théâtre La raideur du châtiment

octobre 2020 | Le Matricule des Anges n°217 | par Patrick Gay Bellile

La dramaturge anglaise Debbie Tucker Green nous livre un texte tout à la fois mystérieux et glaçant.

Trois personnages : 1 - 2 - 3. Une femme – un homme ou une femme – une femme. 3 est noire. Entre ces trois-là se joue pendant toute la pièce une histoire dont nous ne connaissons pas les tenants, dont nous ne savons pas le lieu, et dont le scénario lui-même ne nous est délivré qu’au compte-gouttes. Les rapports entre les personnages sont étranges : 1 paraît être la supérieure de 2, 3 s’intéresse à la vie privée de 1, 1 et 2 prennent beaucoup de précautions envers 3 qui semble être une victime et avoir subi quelque chose de grave. Et nous apprenons, à la page 30 seulement, que 3 doit prendre une décision, et que cette décision semble être le but de leur présence : « Je suis là. Pour que vous sachiez. Pour que vous lui disiez. Pour qu’il l’apprenne. (…) Vous voulez connaître ma décision. » Nous ne savons pas qui est ce « il » dont il sera beaucoup question. Alors nous formulons des hypothèses : arrestation, garde à vue, témoignage, confrontation, jugement, petit à petit il devient évident que nous sommes face à un événement d’une très grande gravité, que 3 doit se prononcer sur quelque chose qui nous échappe, et que face à elle 1 et 2 font les choses dans les règles, telles que les décrit le protocole. En proposant à boire, de l’eau, du thé, des jus de fruits, du repos, du temps pour se décider, un accompagnement possible, 1 et 2 semblent prendre le plus grand soin de 3 confrontée à une décision difficile. 1 et 2 lui rappellent ses droits, précisent qu’en aucun cas elle ne doit être l’influencée, tentent de la mettre à l’aise.
Puis les choses sont dites : 3 doit choisir de quelle manière celui que nous supposons être son agresseur doit mourir. Injection, gaz, chaise électrique, décapitation, fusillade, ou pendaison, les différentes possibilités sont décrites avec un luxe de détails, dans un langage tout à fait administratif et technique, précis jusqu’au moindre détail. 3 les examine chacune attentivement s’attachant surtout au temps mis par le condamné pour mourir. C’est finalement la pendaison qui sera choisie, d’où le titre de la pièce. Parce qu’il semble bien que ce soit le moyen le moins propre, celui qui torture davantage le corps : « Plus technique qu’on croit. Plus technique que beaucoup croient. Y a beaucoup de maths – beaucoup. La taille de la corde, le poids du client, la hauteur de la chute, c’est-c’est-c’est très technique. Si la corde est trop courte – il finit étranglé, lentement. Trop longue, trop de vitesse pour le corps en chute, trop de pression sur la corde ça lui brise pas seulement le cou comme ça doit se passer… carrément une décapitation. Pas bon. » Pourtant : « Ce n’est pas de la vengeance, loin s’en faut. » Et puis il faudra dater et signer les papiers en quatre exemplaires, apposer les tampons nécessaires et lire les bas de page en petits caractères. Et puis laisser passer le délai de rétractation. Et il semble bien que 1 et 2 ressentent alors la satisfaction du devoir accompli.
Mais derrière cette histoire, il y a la tension qui habite le texte et les personnages, un texte haché, minimaliste, plein de blancs, d’absences, de mots à peine commencés sitôt tus, de phrases incomplètes et d’incompréhensions. Un texte qui parle autant par les mots que par ses silences. Les personnages connaissent toute l’histoire dès le début de la pièce mais, gênés, empêchés, n’en laissent sortir que des bribes. Des détails qui mettent le lecteur sur des pistes parfois fausses. Sauf quand il s’agit de décrire les différentes façons d’appliquer la peine de mort. Là, pas de problèmes, ils connaissent leurs manuels par cœur. Nous ne saurons pas tout à la fin, entre autres ce que contient une certaine lettre remise à 3, écrite à la main. Elle reste seule : « Elle lit. Ça l’épuise. Le tremblement de sa main s’accentue légèrement. Elle poursuit sa lecture. Temps. FIN. »

Patrick Gay-Bellile

Corde. raide
Debbie Tucker Green
Traduit de l’anglais par Emmanuel Gaillot, Blandine Pélissier et Kelly Rivière
Éditions Théâtrales, 96 p., 12

La raideur du châtiment Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°217 , octobre 2020.
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