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Domaine français À visage humain

octobre 2020 | Le Matricule des Anges n°217 | par Franck Mannoni

Un père élève seul ses deux fils dans une région meurtrie par la crise industrielle. Un premier roman poignant de Laurent Petitmangin.

Pour son entrée en littérature, Laurent Petitmangin frappe juste. Des phrases courtes, sans fioritures, brossent les décors en quelques mots. Tout l’espace est dédié à l’âme de ce roman : le vécu, les relations entre les personnages. Un père tente de garder la tête hors de l’eau après la mort de sa femme, décédée d’un cancer. Il prend soin de ses deux garçons qui grandissent dans cette Lorraine post-industrielle située entre Metz et la frontière du Luxembourg. Employé SNCF, militant du parti socialiste, il a assisté au déclin de la sidérurgie et à ses conséquences. Livré à lui-même, il assure les fins de mois : « Mon peu d’énergie, je l’ai gardé pour continuer à travailler, continuer à faire bonne figure devant les collègues et le chef, garder ce foutu poste ». Bon an mal an, la vie suit son cours pour ce trio qui vacille sous la béance du deuil. Les entraînements au club de football local, les matches des pros du FC Metz, les repas à trois. Face à un avenir incertain, la cellule familiale apparaît comme le dernier refuge. Laurent Petitmangin montre bien comment les crises successives et l’appauvrissement qui les accompagne ont parfois sapé les ambitions, accentué les différences sociales et entretenu la blessure d’un déclassement après tant d’efforts fournis par les générations précédentes pour s’élever dans la société. Confronté à des difficultés financières, le père tente de ne pas brider ses enfants qui ont des envies d’ailleurs, des rêves accessibles à d’autres portefeuilles : « Quand ils étaient partis en Espagne, je m’étais débrouillé pour lui donner une bonne somme d’argent, pas qu’il ait honte et qu’il doive vivre sur leur dos ». Il tente encore l’impossible quand son cadet envisage d’intégrer une classe prépa à Paris, un autre monde. L’ascenseur social, la méritocratie existent-ils encore pour eux ? « Rien ne disait qu’il y avait une place pour mon Gillou, et je n’avais aucun moyen de l’aider là-dedans, je me contentais de faire des sourires imbéciles et timides à tous ces gens ». Le destin des deux adolescents prend alors deux directions opposées. C’est vers un groupe de militants d’extrême droite que se dirige le plus grand. La colère paternelle, longtemps froide, explose  : « Je lui avais hurlé qu’il ne méritait pas sa vie, je lui avais hurlé d’autres choses insensées, salopes au possible ». La rupture est consommée lorsqu’un drame qui mène l’aîné aux assises semble, pour un temps, détruire les derniers liens.
Toujours pudique, Ce qu’il faut de nuit prend aux tripes. Laurent Petitmangin décrit les émotions complexes en toute simplicité. Dans cette histoire écrite à la première personne, l’écrivain donne l’illusion de disparaître derrière son personnage. Un tour de force qui rend possible une symbiose entre le narrateur et le lecteur : un voyage empathique.

Franck Mannoni

Ce qu’il faut de nuit,
de Laurent Petitmangin
La Manufacture de livres, 188 p., 16,90

À visage humain Par Franck Mannoni
Le Matricule des Anges n°217 , octobre 2020.
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