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Domaine français Autopsie d’un vertige

octobre 2020 | Le Matricule des Anges n°217 | par Éric Dussert

Réquisitoire dressé contre les générations au pouvoir, le deuxième roman d’Hector Mathis expose les causes de ses perplexités.

Deuxième service pour Hector Mathis, qui sert un Carnaval après K.O. (Buchet-Chastel, 2018). Après avoir fait le constat de ses troubles, de sa maladie rongeuse et de ses fourmis dans les jambes, Sitam, son narrateur poursuit le diagnostic en affinant les symptômes et en élargissant la focale – à ce stade, il n’est plus certain du tout que le problème provienne de lui. Le jeune trentenaire constate que le monde qui lui paraissait n’être qu’un bol de confusion ressemble beaucoup plus à une grande tasse. C’est un fichu carnaval où chacun, pitre, fait son numéro, les plumes plantées dans le désordre.
Vif comme son premier volume et plus efficace encore, le récit reste lucide mais ne perd pas de sa gaieté. Mathis est élégant, il pense à son lecteur. C’est d’ailleurs là qu’on l’attendait après le coup de fouet de K.O., il a fourbi une langue encore plus épatante : farouche mais personnelle, exubérante mais tenue, nourrie d’images superbes, elle est renouvelée. C’est dire qu’il a effacé l’influence du verbe célinien pour claironner de sa propre voix. On a une patte ou on n’en a pas. S’enchaînent des pages remarquables, en particulier lorsque son narrateur s’enquiert du monde, réussites notables dans un genre casse-gueule. Loin de traiter comme la concurrence de sujets à la mode ou de s’étendre sur des sujets de pleurnicheries, il poursuit ce qu’il avait entamé, le tableau assombri mais drôle du paysage au sein duquel évolue sa génération « Z » : mauvais us, habitudes idiotes, sociologies déprimantes, industries fétides. Chapeau à l’observateur.
En somme, pour Sitam, c’est ouèbe et eau de boudin. Pour les uns des boulots sans avenir, pour les autres des existences sans perspective. Certains décrochent même des boulots sans salaire. Tout ça posé sur de tristes espaces salopés par des urbanistes mauvais comme la gale. La ville plantée dans la « grisâtre » (la banlieue) était peut-être moderne, mais « Tout son moderne n’était que l’idée que s’en étaient faite des architectes disparus et qui s’étaient visiblement trompés. » Finalement, il reste aux Z « De l’alcool, du chichon, de la frustration. (…) Causer d’un plan. Fumer un cône. Et il repartait. Droit dans le crapuleux. Grand Jean demeurait ivre. Il ne se passait rien. Des allers et retours à l’épicerie pour des feuilles slim. C’est un peu comme ça que se sont terminées nos enfances. Inachevées. Des pétards mouillés… »
Anxieux, en déshérence, Sitam flippe. « Je causais qu’à mes ténèbres ». La maladie l’emporte peu à peu et la fille de son cœur ne réapparaît pas, sauf coup du sort, mais ne spolions pas. Embarqué par les forces antagonistes de sa maladie et de l’excitation terrible qui signe sa conscience profonde d’un avenir amoindri, Sitam ressent le besoin de laisser une trace si c’est encore possible, incapable qu’il est de ne pas penser littérature ou de fermer les yeux sur ce qui l’entoure : « Y en a de plus en plus, des croque-poussière (…). Les trottoirs… ces tartines de misère. Qui s’étalent jusqu’au périphérique. De boulevard en parvis. Devant les étals de viande, les supermarchés de quartier, les librairies. Tiens, justement, en voilà du bouquin ! La Quantité ! C’est pas croyable autant de romans. J’en ouvre pas mal, régulièrement. Sont tous pareils. À peu de chose près… Je suis peut-être vilain. C’est dû à mes obsessions. Avant je rêvais que d’une chose : la publication. Je pensais qu’à ça… Tremper de joie mon petit cul de scléreux, tout ému jusqu’à la nouille d’être enfin reconnu pour la plume. Maintenant je veux y foutre le feu à la littérature ! Ils verront quand j’aurai réussi mon coup !  »

Éric Dussert

Carnaval
Hector Mathis
Buchet-Chastel, 224 pages, 16

Autopsie d’un vertige Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°217 , octobre 2020.
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