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Domaine étranger Plan séquence

octobre 2020 | Le Matricule des Anges n°217 | par Julie Coutu

Sur les traces de Walker, vétéran, une traversée de l’Amérique, avec ses contradictions et cette mémoire dont le poids ne cesse de s’alourdir.

New York. New York qui vit, bat, grouille : « Les métros sont des rivières souterraines, / en crue éclair toutes les cinq minutes, / sous la pulsation des gens. » New York pour se racheter, et tout recommencer, New York pour oublier. « Manhattan, c’est là qu’on se réinvente ; mobilité, anonymat, tout est possible. C’est ce que je suis venu chercher. Chaque rue est un théâtre, chaque théâtre met en scène le désir. » New York, jusqu’à en épuiser la nouveauté. Et alors, cap à l’ouest. « Pari gagné, Amérique traversée – de mer à mer miroir –, et une lampée de bière à sa propre santé. Le whisky, il a pris son temps pour le boire. » Rédaction du Press, rubrique faits divers, évasion cinéma, films noirs, Robert Siodmak, Orson Welles, Anthony Mann. Soirées solitaires, aux côtés des sans-abri, des sans familles, des oubliés.
Robin Robertson est poète. Pour son premier roman, The Long Take en VO, il raconte Walker, l’homme qui marche, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, un jeune soldat canadien, qui cherche sur le fil de son errance, à effacer les combats, à lui-même disparaître, à abandonner sa culpabilité, pour peut-être parvenir à se (re)construire.
Walker, mené de bout en bout comme un long plan séquence – le long take –, conduit de New York à Los Angeles et San Francisco, de 1947 à 1953, ou peut-être 1957, des soldats sur les côtes françaises aux SDF californiens, de la littérature au cinéma, en un long et lent mouvement, qu’on ne peut interrompre. C’est un roman-fleuve, d’une fabuleuse inventivité, qui va chercher dans le film noir, les images d’archives, le noir et blanc, de quoi nourrir son errance. Le texte se construit d’images par flashs, de senteurs, de bruits, de bouillonnements. Versifié, le roman accélère la lecture, favorise la rupture et l’élan. On s’y immerge, on s’y laisse envahir, et déborder. Respiration : les souvenirs d’enfance et de jeunesse, du temps d’avant la guerre, de l’innocence, d’une nature sauvage, des premières amours. « En procession dans la nef de la forêt, nous portions les tiges séchées et les cosses des jacinthes sauvages – nos hochets d’été – jusqu’aux arbres fendus : nos rituels de lumière dans les cathédrales vertes. » Quelques bribes d’un carnet d’observation qui décrit le monde et ses hommes comme on goûte un vin. Des versos de cartes postales. Les fragments d’un journal intime qui disent la solitude, la désolation, les regrets, et l’espérance parfois, comme un mirage.
Là-dessus, Robin Robertson introduit la ville, Los Angeles, personnage à part entière, construite autour de ses fluctuations, ses mélanges de population, origines, classes sociales, de ses rythmes architecturaux, de ses perpétuelles destructions et reconstructions. La ville, telle qu’elle fascine Walker, marcheur observateur, silencieux scrutateur des mutations urbaines :
« Je lis tout le temps. Des romans, des livres d’histoire. Je m’intéresse au cinéma, au jazz. Aux villes.

- Aux villes ?

- Oui, aux villes américaines.

- Quel aspect des villes américaines ?

- Les raisons de leur échec. »
Walker l’homme brisé cherche dans les salles obscures de quoi renouer avec lui-même, dans les livres et l’écriture, de quoi s’extraire de ses fantômes, dans ses longues errances, de quoi apaiser ses remords, nourrir ses questionnements. La Californie, ses villes, lui offrent un décor parfait, illusion à portée de main, vanité, vacuité. « Tous les films touristiques disent que la Californie est un terrain de jeu, uniquement destiné à nous distraire – coloré, exotique, dépaysant comme un luna park –, et c’est tout à fait ça : contrefaçon grossière du bonheur de l’enfance, perdition en cinérama. » De ce jeu de lumière et d’ombre, se dégage un envahissant sentiment de mélancolie, le parfum d’un monde évanoui, fixé seulement encore sur les pellicules, version noir et blanc.

Julie Coutu

Walker
Robin Robertson
Traduit de l’anglais (Écosse) par Josée
Kamoun, L’Olivier, 256 pages, 23

Plan séquence Par Julie Coutu
Le Matricule des Anges n°217 , octobre 2020.
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