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Domaine étranger Noir est une couleur

octobre 2020 | Le Matricule des Anges n°217 | par Thierry Guinhut

Portrait multiculturel de Londres, le roman de Bernardine Evaristo est une ode à la liberté des femmes noires.

Fille, femme, autre

Aux premières pages de Fille, femme, autre, une inquiétude saisit le lecteur : va-t-il entrer dans un roman à thèse, engagé au service du féminisme, militant de la cause des LGBT ? Son irritation pourrait croître, abordant des phrases presque dépourvues de ponctuation, sous forme de versets, sans guère de nécessité. Cependant, assez vite, le lecteur oublie ces prémices et se laisse happer par le récit et les personnages.
Elles sont douze, comme les heures du jour, et au service de chacune, le narrateur interne nous fait successivement pénétrer leurs vies, leurs émotions et convictions. Toutes sont noires et portent la liberté féminine chevillée au corps. Elles ont de 19 à 93 ans et défient la vie et le monde qui les entoure.
Alors qu’Amma est sur le point de donner la première de sa pièce de théâtre La Dernière Amazone du Dahomey (qui est le pivot du livre en tant qu’ode aux « guerriers intersectionnels »), sa fille Yazz s’interroge sur son avenir, qu’elle pense diriger vers le journalisme. Dominique, l’administratrice de la compagnie, lâche les planches et Amma pour filer un amour haut en couleur avec Nzinga dans une campagne américaine, une « terre de femmes » sans images d’hommes et propriété de « Gaïa ». Elles s’appellent également Carole et Bummi, La Tisha, Shirley, Winsome, Penelope, Megan, Harrie et Grace, ou encore « Waris, la Somalienne », en une kaléidoscopique galerie de portraits. L’une est « fana de théories conspirationnistes » l’autre remercie Jésus, bon nombre d’entre elles sont impatientes « d’aller à l’université, de construire une carrière et d’abandonner la vie corsetée de ses parents », d’accéder au « concept de genre sans contrainte ». Car, « de genre neutre », Megan devient Morgan, en usant du discutable article inclusif « iel », tout en veillant à ne représenter qu’elle-même et non « un mouvement trans-genre ». Enfin la pièce aux Amazones, « à mille lieues des diatribes agit-prop qui ont marqué les débuts de la carrière d’Amma » (peut-être un reflet de notre auteure), est un succès. Ainsi les biographies se répondent, se côtoient et s’enchevêtrent en un puzzle animé.
La vivacité de la narration, la verve qui ne se dément jamais, l’équilibre de la polyphonie, tout contribue à rendre ces personnages attachants, y compris s’ils ne sont pas forcément idéaux. En outre Bernardine Evaristo a su éviter l’écueil du sérieux et de l’éloge manichéen des femmes et de leurs sexualités souvent saphiques ; c’est avec humour qu’elle dépeint ses consœurs, voire avec un vigoureux zeste de satire, comme lorsque Nzinga, « lesbienne séparatiste féministe radicale, abstinente, vegan, non fumeuse », prétend contre tout « racisme intériorisé », ne pas porter de slip noir : « Pourquoi irais-je chier sur moi ? » Cette population aux aspirations étonnantes n’est en rien idéalisée. Si les femmes charmantes et créatrices ne manquent pas, celles violentes, dogmatiques et tyranniques non plus, en une comédie humaine miniature pleine d’enseignements, au-delà des préjugés et au service du triomphe des femmes.
Un autre intérêt de ce roman de Bernardine Evaristo, qui reçut le Booker Prize en 2019, est de dessiner un tableau de Londres en ville multiculturelle, lors d’une enquête sociologique intensément vivante. À cette dimension géographique, s’ajoute celle temporelle, puisque l’on y peut lire une histoire de la révolution sexuelle et de l’intégration des Noirs. Née en 1959 à Londres d’un père nigérian et d’une mère d’origine irlandaise, elle a su faire de Fille, femme, autre un beau melting-pot des genres littéraires, à la lisière du roman de société, de l’apologue et du dialogue philosophique.

Thierry Guinhut

Fille, femme, autre
Bernardine Evaristo
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Françoise Adelstain
Globe, 480 p., 22

Noir est une couleur Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°217 , octobre 2020.
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